Vendredi 10 juillet 2009



02.

VENT D'OUEST ET LE DIEU AILÉ

 

Frédéric Nérinckx



Frédéric Nérinckx est né en plein folie hippie de parents qui ne l’étaient pas. Son plus gros fantasme ? S’offrir une vieille deux chevaux fleurie et asthmatique de préférence. Son métier ? Houla, c’est un vaste sujet ! Pour faire court, disons qu’après avoir disséqué des carottes sans défense, persécuté de pauvres contribuables et découvert qu’il détestait les chiffres, il a fait de sa grande passion un travail. Dessiner. Avec l’écriture, c’est son plus grand trip. Le voilà donc infographiste textile. En 2007, son cœur a battu très très fort quand il a remporté le concours de nouvelles organisé à l’occasion de la journée internationale contre l’homophobie. Voir sa nouvelle publiée dans Têtu, c’est quand même un grand bonheur. Pour le reste… il paraît également que les nuits de pleine lune, il danse avec les faunes, allume des bougies sur le sol et jette des plantes dans son chaudron. Ses amis ne s’en étonnent plus guère. Son grand non plus. Dans sa rubrique, néanmoins, il ne vous livrera pas de recettes de charmes amoureux. Quoique, si vous lui demandez gentiment, il le fera peut-être. Il vous proposera plutôt de rencontrer régulièrement d’anciennes divinités gay-friendly. Oui, ça existe ! Tous les dieux ne sont pas homophobes. Gardiens des arbres, passeurs des morts, chamanes indiens et autres folles sacrées, vous les croiserez souvent dans les émanations fleuries de son chaudron sorcier. Alors, prêts à enfourcher…votre balai ? Partons ensemble sur la terre de nos ancêtres. Et pas n’importe lesquels. Ceux de l’arc-en-ciel, bien sûr.

 


Dans la mythologie des indiens d’Amérique, certaines unions ont de quoi étonner. Les dieux rouges sont beaucoup moins machos qu’on pourrait le croire. Ainsi, quand le vent s’unit au tonnerre, le drapeau arc-en-ciel se met, lui, à crépiter.

On se souvient du billet précédent qu’ANUKITE était l’épouse du vent, TATE. Et qu’ils avaient quatre fils. Le plus âgé d’entre eux se nommait YATA et régnait sur le nord. OKAGA, lui, soufflait sur le sud, YANPA sur l’est et EYA sur l’ouest.

Un jour que les quatre frères marchaient dans la montagne, ils entendirent un fracas effrayant. Ils en cherchèrent la provenance et découvrirent une hutte dressée tout près d’un nid, à l’ombre d’un cèdre. À l’intérieur, un œuf énorme vibrait, comme si quelque chose ou peut-être quelqu’un cognait de l’intérieur. Le bruit assourdissant se mêlait à celui que causait une autre créature cachée, elle, dans la hutte. Les quatre frères ne voyaient donc aucun des deux fauteurs de trouble. Ni celui de l’œuf, ni celui de la hutte. OKAGA s’approcha. Une voix grave et tremblante le menaça aussitôt :

— Qui ose s’approcher de la hutte du dieu ailé ? 

OKAGA se présenta. Le personnage, toujours invisible, lui ordonna alors de poursuivre leur chemin. Les quatre frères s’éloignèrent donc, non sans passer devant la hutte. EYA, le vent d’ouest, ne put, lui, s’empêcher de s’arrêter. C’était le plus coiffeur des quatre. Impossible pour lui de ne pas chercher à savoir. Ce pouvait être une source de potin au salon. La voix gronda une fois encore :

— Que veux-tu ? 

— Qui, moi ? Eh bien, c’est queeeeuuuuu, vous voyeeeeez, j’aimerais teeeeellement savoir qui vit dans cette hutte.

Une hirondelle s’échappa alors de la tente :

— C’est la maison du dieu ailé.

— Pourrais-je le voir ? hasarda vent d’ouest, battant des cils.

— Si tu le vois, tu seras obligé de devenir un « heyoka ». Mais si tu vois l’oiseau-tonnerre, tu n’y seras pas obligé. Que choisis-tu ?

EYA était gourmand. Pourquoi ne se rincer les yeux que sur un seul personnage ? Le dieu ailé ou l’oiseau-tonnerre ? Les deux doivent être sexy, non ?

— Les deux, dit-il en chevrotant, je veux voir les deux.

C’est alors que sortit la terrible créature, l’oiseau-tonnerre, celui dont les yeux crachent des éclairs et dont la voix est plus puissante que le tonnerre. Une créature terrible, au bec hersé de quatre rangées de dents, portant huit serres d’aigle terrifiantes et même quatre ailes claquant au vent. Même dans les bars les plus SM de la région, on ne voit pas de pareil uniforme.

L’oiseau ouvrit le bec :

— Puisque tu n’as pas fui en me voyant, tu deviendras le compagnon du dieu ailé, cracha la créature. Ensemble, vous irez par les cieux et vous nettoierez le monde de ses maux et de ses déchets.

— Charmant, minauda le jeune EYA en se rongeant l’index. Mais puis-je au moins avoir le privilège de voir cet ange du ciel ? Celui que vous nommez le dieu ailé.

L’oiseau grinça :

— Le dieu ailé, c’est moi. L’oiseau-tonnerre et lui ne sont qu’une seule et même personne. Et je suis cette personne. Je suis le dieu ailé ET l’oiseau-tonnerre.***

L’histoire ne dit cependant pas quel sex-appeal EYA trouva à l’horrible créature. On peut imaginer qu’il dut sentir le chaud frisson qu’éprouve un jeune techno quand il se fait draguer par un homme tout en cuir et hérissé de clous. Pourquoi pas ? On sait par contre que l’hirondelle, qui gardait la hutte de l’oiseau, clôtura la conversation en ces termes :

— En outre, tu auras la préséance sur les trois autres directions du vent à chaque cérémonie des hommes, acheva l’hirondelle.

En voilà un de privilège, bombardant du même coup EYA au plus haut sommet de la hiérarchie divine.

EYA rejoignit ses frères d’un pas vif. Puis, il leur demanda de choisir un oiseau qui leur servirait d’allié. Le vent du nord choisit la pie, le vent du sud une alouette, le vent d’est prit une corneille et vent d’ouest, bien sûr, choisit une hirondelle.

Depuis lors, les hirondelles tournoient haut dans le ciel, où elles escortent le dieu ailé, que l’on nomme Wakinyan, ainsi que son éternel compagnon « vent d’ouest. » et on les voit tourner quand le couple sacré se présente quelque part.

 

 

La turbulence des clowns sacrés

 

WAKINYAN, le dieu ailé, n’est donc en fait autre que l’oiseau-tonnerre. Son importance spirituelle est fondamentale chez les sioux. En effet, il vole toujours à contre-sens, dans le sens opposé à celui des aiguilles d’une montre. De sorte que ceux qui rêvent de lui deviennent des heyoka. Des hommes inversés, qui font tout à l’envers des autres. Ils se promènent nus en hiver et se couvrent en été. Ils se plaignent de la faim quand tout est en abondance et prétendent être parfaitement repus en période de disette. On les nomme quelque fois clowns sacrés car il est vrai que leur comportement fait rire. Mais ils font également réfléchir. Ils prennent le contre-pied systématique de tout. De cette façon, ils ouvrent le monde des idées, ils l’élargissent, ils rendent la nouveauté possible. Ils permettent de relativiser les événements et l’importance des situations. Ils posent la question du tabou et du bien-fondé des règles, ils font éclater les frontières du monde connu. Chaque chose que nous faisons a une fonction. Les heyoka nous invitent à réfléchir à cette fonction, à ce qui est logique et à ce qui ne l’est pas, à ce qui doit et ne doit pas être fait, ils nous posent simplement la question du « pourquoi », et de la légitimité des choses. Le heyoka est ce fou du roi qui peut tout se permettre. Le plus souvent, il se maquille d’un éclair blanc qui n’est pas sans rappeler le tonnerre qui sort de la bouche de wankinyan.

 

 

On ne peut pas s’empêcher d’établir également un rapport avec la sexualité. Mais faire autrement que les autres à ce niveau ne se limite pas à l’homosexualité, bien sûr. Cela inclut bien d’autres formes de sexualité, en ce compris l’abstinence.

Revenons-en à présent au couple que  ‘vent d’ouest’ forme avec son compagnon le dieu ailé. Est-ce un couple homosexuel ? Voire ! Dans ce domaine, les relations et les genres sont plus complexes qu’il n’y paraît.

Il est vrai que « vent d’ouest » est un des fils du vent et d’ANUKITE. Cela n’empêche pas qu’on puisse lui attribuer un genre plus féminin. Vent d’Ouest est en effet le deuxième enfant d’ANUKITE. Or, le deuxième enfant d’une famille sioux a un prénom très peu différencié qu’il soit fille ou garçon. Ce sera Hapan dans un cas, Hepan dans l’autre. Deux mots semblables pour ne pas dire quasiment identiques. À titre de comparaison, le premier enfant d’une famille sera prénommé Caske s’il s’agit d’un garçon et Winuna s’il s’agit d’une fille. La sexualisation du nom est donc plus marquée pour le premier enfant de la famille que pour le deuxième. Le troisième enfant d’une famille est par contre nommé Hepi quand c’est un garçon et Hepistinna quand c’est une fille. Nous avons là une autre définition des genres. Le nom de la fille étant une extension de celui du garçon. Hepi dérive lui-même de Hepan qui est le nom donné à un deuxième fils.

Dans la filiation du dieu du vent, le vent du nord est le premier. Il possède une dominante masculine marquée. Cela se traduit par des actes d’une exceptionnelle violence. Le vent du nord est froid et destructeur. Vent d’ouest, en tant que deuxième enfant, appartient à un degré de filiation où la sexualisation est peu marquée. William K Powers affirme que Vent d’ouest est à dominante féminine, ce qui se traduit par le fait qu’il soit compagnon (compagne) du dieu ailé. Pourtant, on pourrait facilement objecter que son degré de filiation ne plaide ni pour un sexe ni pour l’autre. Le couple peut donc parfaitement être homosexuel.

Par ailleurs, la masculinité du dieu ailé se marque dans sa violence. Il règne en effet sur la foudre, les éclairs, le tonnerre, tous attributs de force et de virilité. Pourtant, le dieu ailé abrite un œuf près de sa hutte. Son œuf ! Qui donnera d’autres oiseaux-tonnerre. On pourrait donc y voir une expression de sa féminité. Certes ! Mais ce ne sont pas toujours les femelles qui couvent les œufs… On le voit, le couple que forme « vent d’ouest » et « oiseau-tonnerre » est ambigu, hétéro et homo à la fois.

Le mythe dote en outre le couple d’une fonction bien précise : nettoyer le monde de ses déchets et de ses maux. Le dieu ailé est porté par le vent d’ouest. Ils accomplissent ensemble une mission purificatrice. Voilà qui rejoint le fait que les heyoka sont quant-à-eux souvent des guérisseurs. Mais cette mission de purification, de nettoyage, va bien plus loin encore car le clown sacré se comporte à l’envers et pose la question du bien fondé des règles. Il est celui qui questionne toutes les légitimités. Il permet donc aux anciennes traditions devenues inutiles, aux habitudes sclérosantes et aux règles désuètes d’être transformées. Dans le fracas du vent, des flammes et de la pluie, l’orage transforme. L’œuvre du couple mythique est une transformation, une métamorphose.

Il est tentant de poser la question : les homosexuels n’opèrent-ils pas la même action ? Leur amour questionne également la notion de famille et de normalité après tout. Et, au-delà, ils posent l’interrogation de ce qui fonde le couple. Est-ce la seule procréation ? Les homos ne sont-ils pas des heyoka à leur manière ?  Ne dit-on pas par ailleurs qu’ils sont les précurseurs des modes et de la nouveauté, donc des transformateurs ?

Un dernier point que l’on peut soulever est celui de l’invisibilité. Si le vent, lui, peut bien être senti, ou entendu, on ne peut en fait voir que ses manifestations. Le vent est invisible. De même en est-il de l’oiseau-tonnerre qui ne tient pas à être vu. Le couple se cache. Et quand il se présente quelque part, c’est un vol d’hirondelles qui l’annonce. L’hirondelle est, on ignore pourquoi, un symbole récurrent chez les travestis ou les drag queens, bref, le peuple du visible. Car on peut dire ce que l’on veut, le monde des travestis rend visible ce qui ne l’est pas. Ils sont les premiers militants de la visibilité des gays.

S’il est justement une chose que le couple mythique déteste, c’est le mensonge. L’oiseau-tonnerre foudroie celui qui ne dit pas la vérité. Une punition qui effraierait la plus virile des honteuses du Marais. Être sodomisé, oui, mais foudroyé, quand même… L’union de vent d’ouest et de l’oiseau tonnerre tient à un événement bien précis et qu’il est bon de souligner. Vent d’ouest a accepté de voir le dieu tel qu’il était. Sans le fuir, sans avoir envie de le détruire. Il l’a vu. Et il n’en a éprouvé aucune peur. Je ne peux m’empêcher de songer à tous ceux qu’une homophobie intériorisée afflige. Et que la haine submerge quand ils voient celui qui s’affiche. Formidable question que celle de la visibilité. La vérité est une chose, la mettre en forme en est une autre. Que penser de ces couples d’hommes qui se promènent en rue sans se tenir la main mais qui ne mentent jamais quand on leur pose la question sacrée : « En êtes-vous ? » ? Vent d’Ouest et le dieu ailé ne se montrent d’ailleurs pas. Mais ils ne mentent pas non plus. La nuance est là. Elle est au cœur de la problématique du coming-out.

En conclusion, on peut se poser la question : « Et si les gays posaient simplement la question de ce qui fonde la légitimité d’une relation ? Procréation ou autre chose ? »

 

 

À lire : La Religion des sioux oglala, de William K. Powers aux Éditions du Rocher.

Par philippe dit phiou - Publié dans : a lire
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Vendredi 10 juillet 2009

Face à la violence, deux lesbiennes se résignent à déménager

Par Rédaction mardi 07 juillet 2009, à 12h49 | 2627 vues

Deux femmes en couple ont été agressées physiquement la semaine dernière, après plusieurs mois d'intimidations dans leur quartier de banlieue parisienne. SOS Homophobie demande qu'elles soient protégées par la justice.

 

Deux femmes en couple, harcelées par leur voisinage et finalement violemment agressées, frappées à la tête par un groupe de garçons. L'affaire n'est pas sans rappeler celle de Segré, où un couple de lesbiennes s'était résigné à déménager, lassé des insultes et des intimidations de quelques jeunes (lire l'article de TÊTU). Cette fois-ci, les faits se sont produits dans la cité des Gerbaux, à Epinay-sous-Sénart, au sud de Paris.

«L'homosexualité, c'est péché»
L'agression a eu lieu jeudi dernier. SOS Homophobie rapporte les faits, et demande que les deux femmes soient protégées par la justice. «Dès leur installation dans la cité en janvier, plusieurs jeunes leur avait indiqué qu'ils feraient partir "ces gouines" parce que "l'homosexualité c'est péché!"» rapporte l'association dans un communiqué. «Après des mois d'insultes, de menaces, de harcèlement quotidien, quatre jeunes dont trois mineurs s'en sont donc pris physiquement à ce qu'ils considèrent comme des pécheresses", poursuit le texte, précisant que les quatre auteurs présumés ont été arrêtés mais «ont continué à insulter les victimes à la sortie du commissariat et ont été immédiatement remis en liberté par la justice».

«Ce couple de lesbiennes est ainsi doublement victimes», estime SOS Homophobie, «harcelées, agressées et obligées de quitter leur logement et leur quartier puisque les jeunes agresseurs, eux, peuvent y revenir avec un sentiment d'impunité». `

Coup sur la tempe
Dans le journal Le Parisien, les deux femmes racontent leur calvaire au quotidien. Les menaces («on va vous faire l'appartement »), et les insultes, (l'inscription «Les gouines» sur leur immeuble). «Les insultes venaient toujours de gens différents, même de filles» rapportent les deux femmes.

Une violence qui dépasse le harcèlement, ce jeudi, lorsque l'une des femmes, excédée, demande aux jeunes de s'arrêter et reçoit en retour un coup de poing sur la tempe. Sa compagne, qui tentait de s'interposer, est aussi frappée. Bilan: quatre jours d'incapacité totale de travail pour chacune, et la décision de quitter définitivement leur appartement. «On ne peut pas retourner là-bas, ils vont continuer à s'en prendre à nous» explique le couple au Parisien. Elles sont actuellement hébergées chez des amis.

Agression lesbophobe en hausse
SOS Homophobie relève de son côté que «Nicolas Sarkozy avait pourtant, parmi ses nombreuses promesses, affirmé qu'il remettrait les valeurs de la République au sein des cités». «Pourtant, force est de constater une fois encore que ce sont des jeunes, imbibés de discours religieux sexistes, machistes et homophobes, qui font la loi dans certains quartiers», commente l'association.

Au final, l'association demande «que la justice protège les victimes et appelle les plus hautes autorités de l'Etat à réaffirmer les valeurs laïques de la République partout sur le territoire et à ne plus tolérer les discours discriminants et intolérants de beaucoup d'autorités religieuses».

Le rapport annuel 2009 de SOS homophobie fait état d'une hausse

des agressions physiques contre les lesbiennes qui passaient de 6% des témoignages en 2007 à 15% en 2008.

La Marche des fiertés de Marseille en images

Par Rédaction mardi 07 juillet 2009, à 15h03 | 1907 vues

8.000 selon la police, 12.000 selon les organisateurs... Ce sont en tout cas plusieurs milliers de personnes qui ont participé à la gay pride marseillaise, samedi 4 juillet. TÊTU en a rapporté quelques photos.

 

Cette 16e édition de la Marche marseillaise fut en tout cas un beau succès, puisque la police n'avait compté que 5.000 participants l'an dernier. La pride était placée cette année sous le signe de la mémoire: avant le défilé, un hommage a été rendu, au monument de la Déportation, à «toutes les victimes de l'homophobie». Puis les participants ont rejoint le Vieux-Port puis défilé dans le centre-ville jusqu'au parc du 26e centenaire dans une atmosphère festive. Vivez ou revivez cette marche ensoleillée en images.

 

Communiqué de presse SOS homophobie
•  Nouvelle agression de lesbiennes parce que l’homosexualité est un pêché …

Une nouvelle fois, un couple de lesbiennes a été agressé. Le rapport annuel 2009 de SOS homophobie constatait déjà une hausse des agressions physiques contre les lesbiennes qui passaient de 6% des témoignages en 2007 à 15% en 2008.

Cette nouvelle agression s'est déroulée à Epinay-sous-Sénart dans la cité des Gerbaux dans l’Essonne jeudi 2 juillet. Dès leur installation dans la cité en janvier, plusieurs jeunes leur avait indiqué qu’ils feraient partir « ces gouines » parce que « l’homosexualité c’est pêché ! ».

Après des mois d’insultes, de menaces, de harcèlement quotidien, quatre jeunes dont trois mineurs s’en sont donc pris physiquement à ce qu’ils considèrent comme des pécheresses !

Les quatre individus ont été arrêtés suite à cette agression mais ont continué à insulter les victimes à la sortie du commissariat et ont été immédiatement remis en liberté par la justice. Ce couple de lesbiennes est ainsi doublement victimes : harcelé, agressé et obligé de quitter leur logement et leur quartier puisque les jeunes agresseurs, eux, peuvent y revenir avec un sentiment d'impunité.

Nicolas Sarkozy avait pourtant, parmi ses nombreuses promesses, affirmé qu’il remettrait les valeurs de la République au sein des cités. Pourtant, force est de constater une fois encore que ce sont des jeunes, imbibés de discours religieux sexistes, machistes et homophobes, qui font la loi dans certains quartiers.

Où sont les valeurs laïques de la République ? Les discours et les pratiques religieuses intolérantes se développent à une vitesse inquiétante dans certaines banlieues. De multiples lieux de cultes divers et variés se développent dans l’indifférence des autorités, épandant un terreau d’intolérance et de haine notamment vis à vis des femmes et des homosexuel-le-s.

SOS homophobie demande que la justice protège les victimes et appelle les plus hautes autorités de l’Etat à réaffirmer les valeurs laïques de la République partout sur le territoire et à ne plus tolérer les discours discriminants et intolérants de beaucoup d'autorités religieuses.

Association loi 1901 de lutte contre l'homophobie créée le 11 avril 1994
c/o Centre LGBT Paris IDF - 63 rue Beaubourg - 75003 Paris


Communiqué de presse SOS homophobie
•  Nouvelle agression de lesbiennes parce que l’homosexualité est un pêché …

Une nouvelle fois, un couple de lesbiennes a été agressé. Le rapport annuel 2009 de SOS homophobie constatait déjà une hausse des agressions physiques contre les lesbiennes qui passaient de 6% des témoignages en 2007 à 15% en 2008.

Cette nouvelle agression s'est déroulée à Epinay-sous-Sénart dans la cité des Gerbaux dans l’Essonne jeudi 2 juillet. Dès leur installation dans la cité en janvier, plusieurs jeunes leur avait indiqué qu’ils feraient partir « ces gouines » parce que « l’homosexualité c’est pêché ! ».

Après des mois d’insultes, de menaces, de harcèlement quotidien, quatre jeunes dont trois mineurs s’en sont donc pris physiquement à ce qu’ils considèrent comme des pécheresses !

Les quatre individus ont été arrêtés suite à cette agression mais ont continué à insulter les victimes à la sortie du commissariat et ont été immédiatement remis en liberté par la justice. Ce couple de lesbiennes est ainsi doublement victimes : harcelé, agressé et obligé de quitter leur logement et leur quartier puisque les jeunes agresseurs, eux, peuvent y revenir avec un sentiment d'impunité.

Nicolas Sarkozy avait pourtant, parmi ses nombreuses promesses, affirmé qu’il remettrait les valeurs de la République au sein des cités. Pourtant, force est de constater une fois encore que ce sont des jeunes, imbibés de discours religieux sexistes, machistes et homophobes, qui font la loi dans certains quartiers.

Où sont les valeurs laïques de la République ? Les discours et les pratiques religieuses intolérantes se développent à une vitesse inquiétante dans certaines banlieues. De multiples lieux de cultes divers et variés se développent dans l’indifférence des autorités, épandant un terreau d’intolérance et de haine notamment vis à vis des femmes et des homosexuel-le-s.

SOS homophobie demande que la justice protège les victimes et appelle les plus hautes autorités de l’Etat à réaffirmer les valeurs laïques de la République partout sur le territoire et à ne plus tolérer les discours discriminants et intolérants de beaucoup d'autorités religieuses.

Communiqué de presse SOS homophobie
•  Nouvelle agression de lesbiennes parce que l’homosexualité est un pêché …

Une nouvelle fois, un couple de lesbiennes a été agressé. Le rapport annuel 2009 de SOS homophobie constatait déjà une hausse des agressions physiques contre les lesbiennes qui passaient de 6% des témoignages en 2007 à 15% en 2008.

Cette nouvelle agression s'est déroulée à Epinay-sous-Sénart dans la cité des Gerbaux dans l’Essonne jeudi 2 juillet. Dès leur installation dans la cité en janvier, plusieurs jeunes leur avait indiqué qu’ils feraient partir « ces gouines » parce que « l’homosexualité c’est pêché ! ».

Après des mois d’insultes, de menaces, de harcèlement quotidien, quatre jeunes dont trois mineurs s’en sont donc pris physiquement à ce qu’ils considèrent comme des pécheresses !

Les quatre individus ont été arrêtés suite à cette agression mais ont continué à insulter les victimes à la sortie du commissariat et ont été immédiatement remis en liberté par la justice. Ce couple de lesbiennes est ainsi doublement victimes : harcelé, agressé et obligé de quitter leur logement et leur quartier puisque les jeunes agresseurs, eux, peuvent y revenir avec un sentiment d'impunité.

Nicolas Sarkozy avait pourtant, parmi ses nombreuses promesses, affirmé qu’il remettrait les valeurs de la République au sein des cités. Pourtant, force est de constater une fois encore que ce sont des jeunes, imbibés de discours religieux sexistes, machistes et homophobes, qui font la loi dans certains quartiers.

Où sont les valeurs laïques de la République ? Les discours et les pratiques religieuses intolérantes se développent à une vitesse inquiétante dans certaines banlieues. De multiples lieux de cultes divers et variés se développent dans l’indifférence des autorités, épandant un terreau d’intolérance et de haine notamment vis à vis des femmes et des homosexuel-le-s.

SOS homophobie demande que la justice protège les victimes et appelle les plus hautes autorités de l’Etat à réaffirmer les valeurs laïques de la République partout sur le territoire et à ne plus tolérer les discours discriminants et intolérants de beaucoup d'autorités religieuses.



Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification « enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue durée).

Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.

Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des points de vue encore plus !

La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le « garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ? Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...

 

Patrick BUISSON, 1940-1945 Années érotiques : tome 2 : De la Grande Prostituée à la revanche des mâles, Albin Michel, 2009, 521 p., photos, notes & index.

Après un premier tome sous-titré Vichy ou les infortunes de la vertu, Patrick Buisson, historien et citoyen « hors normes » poursuit son analyse des années noires avec pour fil conducteur la libido comme clef du comportement sous l'Occupation d'une France femelle en adoration devant la virilité des vainqueurs

Entre la collaboration horizontale et la chancelante verticalité du mâle français, c'est un roman des définitions d'une grille internationale de maux croisés qu'offre le « conseiller en transgression » de Nicolas Sarkozy dans sa dernière publication.

Les pulsions sexuelles sont toujours au centre de ce scénario des années 1940-1945. Les acteurs principaux sont de nationalité française, leurs différents statuts face aux « seconds rôles » allemands puis américains et anglais sont décrits et analysés avec la minutie de l'historien qui introduit ça et là des acteurs et actrices professionnels d'un cinéma utilisé comme instrument de propagande.

Avec de bonnes études des milieux homosexuels, ce pavé de plus de 500 pages se dévore comme une mine d'informations offertes sous un angle nouveau, érudit, ouvert et peu enclin à la facilité patriotique ou aux jugements à l'emporte-pièce machiste dont le lecteur du début du XXIe siècle se découvre bien malgré lui l'héritier.

Le vert de gris est la couleur dominante mais pas exclusive d'un livre propre à titiller les neurones des amateurs de Toiles Roses.

La France occupée par les armées allemandes est un pays privé d'hommes : comment résister aux charmes de la virilité triomphante de l'ennemi ? Prostitution de trottoirs, de maisons closes ou relations mondaines des cénacles parisiens et provinciaux (Megève et Cannes en tête de liste) mais aussi rencontres humaines et sentimentales, embochies assumées ou clandestines, naissances de fils de Boches (environ 200 000 ?), le tableau est riche, complexe et chatoyant d'obscénité, d'intéressement et de sincérité. La Résistance et les Libérateurs vont s'inscrire dans une continuité machiste de contrôle du corps et de la volonté féminine dont les liens piteusement masqués avec l'idéologie vichyssoise sont d'une évidence troublante.

Côté homo, ou plutôt « pédérastique », puisque la séparation des deux notions n'est vraiment pas d'actualité, Buisson décrit en détails heurs et malheurs d'une « communauté » occupée et fascinée par de blonds athlètes dont les uniformes alimentent fantasmes et convoitises (p. 199 à 242), puis les illusions vite effondrées d'une Libération qui ne sera pas celle des mœurs (p.424 à 431) après le passage de beaux G.I.. On croise Roger Peyrefitte (1), Montherlant, Cocteau, Abel Bonnard, Brasillach et d'autres dont Daniel Guérin, qui semble être l'homosexuel le plus apprécié par Buisson (p 218-219). La discussion, les disputes qui vont aboutir aux lois de 1942 réprimant, pour la première fois de façon officielle, l'homosexualité dans le « pays de Cambacérès » sont détaillées avec un intéressant luxe de précisions.

Une personnalité hors du commun intrigue l'historien qui lui consacre un long portrait (p. 351 à 354) : Roger Worms, plus connu sous le nom de Roger Stéphane, auteur du sublime roman Parce que c'était lui (2). Pierre Seel (3) n'est pas oublié : il est évident que le portrait que brosse Partick Buisson de Worms et de Seel n'est pas entièrement conforme avec le statut de héros/victime que ces hommes ont acquis dans la culture de certains d'entre nous : devons-nous y voir la trace (pourtant ici très édulcorée) du passé d'extrême-droite de l'auteur ou notre propre volonté d'avoir « nos » héros et « nos » victimes ?

L'historien fait son travail : il dérange, avec une solide argumentation (25 pages de notes en fin de volume) et décape bien des représentations des héros, des salauds et des… salopes en tous genres.

Arletty fait l'objet d'une longue étude (p. 37 à 49) où sont abordés son rôle de marraine de troupes, ses « gousseries », sa liaison avec un officier allemand, ses avortements, ses tournages de films et ses ennuis avec le public et la justice. D'autres acteurs, d'autres tournages sont évoqués et présentés dans cette étonnante projection du film de cinq années de notre histoire dont nous avons déjà, depuis les bancs de l'école vu tant de versions édulcorées.

De l'histoire de la Révolution Française, nous avons des images de chariots vers la guillotine : c'est ce genre de convoi que convoque l'auteur pour nous représenter les tontes de femmes ayant « fauté », les photographies de tels événements ayant été « censurées » après le retour à l'ordre machiste et gauliste.

L'épilogue rapproche ces Années cruellement érotiques de celle chantée par Gainsbourg, quand, après 1968, les baby-boomers tueront le père et qu'à côté d'un « jouir sans entraves » pansexualiste récupéré par le capitalisme bourgeois, « l'envie de pénis a fait place à l'envie de pénal » (Philippe Murray, (4) cité p. 479).


(1) qui publie fin 1944 Les Amitiés Pariculières (livre devenu introuvable avant sa réédition en 2005 par Textes Gais, http://www.textesgais.com/cat2008.pdf).

(2) Roger Stéphane, Parce que c'était lui, H&O, 2005, 124 p. avec une superbe préface d'Olivier Delorme et une lettre touchante de Jean le Bitoux.

(3) Pierre Seel, Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, Calman-Lévy, 1994, 198 p., rédigé avec Jean le Bitoux.

(4) http://www.philippe-muray.com/

Merci à Judith Ott, attachée de presse d'Albin Michel, pour son professionnalisme et sa confiance dans Les Toiles Roses.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Sur l'auteur :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Buisson

Son rôle politique auprès de Nicolas Sarkozy :

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/patrick-buisson-le-conseiller-en-transgression-de-sarkozy_575427.html

Extraits du livre :

http://livres.lexpress.fr/premierespages.asp/idC=14844/idTC=13/idR=6/idG=8

Extraits du tome 1 :

http://livres.lexpress.fr/premierespages.asp/idC=13804/idTC=13/idR=6/idG=8

POUR ALLER PLUS LOIN :

Sur l'interprétation du scénario du film Le plus beau pays du monde (Marcel Bluwal, 1998) évoqué p. 236

http://www.lestoilesroses.net/article-1078071.html

Et surtout

http://www.lestoilesroses.net/article-3791264.html

Sur Pierre Seel, qui a servi de source d'inspiration à certaines scènes du téléfilm Un amour à taire (Christian Faure, 2005), voir les propos de l'historien Jean Le Bitoux (rencontré par P. Buisson le 14 novembre 2004 pour son livre, cf note 21, p. 491) dans le bonus du DVD et surtout

http://www.lestoilesroses.net/article-4115163.html



Cécile, Transmutation, Nice, Editions Bénévent, 2009, 253 p.

Un témoignage brut de pomme... d'Adam ! C'est ce que nous offre Cécile Poivre dans le récit pétillant, épicé et sans travestissement de sa Transmutation.

Dans une langue émaillée de parler nissart (Mefi ! Il y a un glossaire à la fin pour les babatchous qui, malgré un contexte évident, inventeraient des cagades au lieu de se bouleguer un peu le teston !)

La secrétaire a écrit son histoire. Elle ne se prend pas pour une écrivaine : elle nous embarque simplement avec sa gouaille, ses phrases généreuses en adjectifs et son franc-parler qui peut, en un jeu de mots, camoufler un drame sous une formule où l'ironie masque la douleur.

Le pitchoun est efféminé et au collège puis au lycée, les regards des camarades se doublent de mots qui font plus mal que les coups de poing. Quand la violence devient physique, quand le viol n'est plus seulement verbal, la décision est prise : se travestir pour souffrir moins.

Et « la Cécile » tombe amoureuse : d'amants à la sincérité variable en proxénètes camouflés, c'est toujours par amour ou suite à un chagrin d'amour que les situations s'accélèrent.

La prostitution ? Comment vivre autrement quand aux besoins de subsistance s'ajoutent ceux de la toxicomanie ? Le tour d'horizon de sa clientèle est le reflet de la ville où elle travaille : petits puceaux, caïds, pères de familles mais aussi congressistes et vedettes de tel ou tel festival voisin : il y a jazz à tous les étages à Juan les Pins quand on monte les marches à Cannes, pour aller froisser des toiles avec Cécile. L'orientation sexuelle de la clientèle fait rarement débat (à une exception près, lorsqu'elle est évoquée comme « tromperie sur la marchandise » sur une scène de crime) : pour ces messieurs, Cécile est, avant son opération, une fille avec un truc en plus… qui augmente souvent son attrait. Et son cœur fait d'elle une confidente, avec ou sans jeux de gambettes.

La drogue, les voyages en Thaïlande ou à New York sont des escales aux circonstances forcément peu ordinaires…. mais changer en 2 le 1 du numéro de Sécurité Sociale est une vraie aventure : pour valider cette multiplication par deux, il faut passer sur le billard du chirurgien (vaginoplastie) et sur le divan du psychiatre ! On a vu avec Axel Léotard que la division dudit préfixe par deux était une opération encore plus délicate (1).

Par amour, encore et toujours, Cécile se range et, après avoir réglé sa dette envers l'Etat proxénète, devient secrétaire. C'est elle-même qui vous racontera la suite, avec cette faconde si naturelle, son énergie vitale incroyable face aux embûches, sa force de rebond après un échec qui n'est jamais définitif.

Ce livre est déjà un succès : une édition de qualité, une belle mise en pages et au bilan carbone très satisfaisant, Bénévent étant une maison d'édition à compte d'auteur niçoise !!!

Dans un contexte où la « transphobie » est au centre des prochaines marches des fiertés, au moment où d'importantes avancées juridiques sont enregistrées, Transmutation est le témoignage idéal pour se faire une idée du vécu de ces personnes en quête de genre qui ont, comme Cécile une vraie identité où la volonté et le courage sont des instruments mieux affutés que les scalpels.


(1) cf Axel Léotard, Mauvais genre : http://www.lestoilesroses.net/article-30742717.html

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le blog de l'auteure :

http://ceciledenice.unblog.fr/

Une interview par GayPodcast :

http://www.dailymotion.com/video/x976v0_lectures-gaies-entretien-avec-cecil_creation

Le site de l'éditeur :

http://www.editions-benevent.com/presse/9782756309941_885.pdf

Le transsexualisme : textes juridiques :

http://www-iej.u-strasbg.fr/LE%20TRANSSEXUALISME.htm



Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni, Le Cinéma français et l’homosexualité, Danger Public, 2009, 330 p.

Le Père Docu n'est pas un cinéphile assidu. C'est donc la recension d'un « lecteur lambda » que je vous propose, à côté des analyses hautement érudites que mes collègues feront du livre d'Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni, Le Cinéma français et l'homosexualité.

Lecteur lambda ? Justement : la onzième lettre de l'alphabet grec est un symbole gay depuis les années 70 dans plusieurs pays francophones (1). J'ai donc, comme pas mal d'hommes de ma génération été à l'affût d'informations, de modèles, de réponses concernant une orientation sexuelle non conforme aux modèles dominant la fiction littéraire ou cinématographique. Et quand un film me semblait avoir une « ouverture » je le regardais à le télévision ou j'allais le voir en salle.

Lire ces « Toiles bleu-blanc-rose » a été une agréable et instructive plongée dans cette quête de figures auxquelles les copains du lycée collaient une étiquette de pédés ou de gouines souvent douloureuse.

L'introduction est peut-être un peu trop courte ou n'annonçant pas assez clairement ce qui va être développé et l'on se retrouve facilement un peu égaré dans le premier chapitre, Bon sang, mais je suis homo !

Il faut prendre ses marques, suivre tranquillement, malgré les jalons manquants, cette entrée en matière qui va très rapidement familiariser le lecteur avec un texte qu'il aura du mal à abandonner.

Chacun des douze chapitres est construit autour d'un thème que viennent illustrer films de cinéma, articles de presse, interviews de metteurs en scène et d'acteurs mais aussi de militants LGBT dans une organisation à la lecture facile, dans une langue à la fois relevée et complice quand il s'agit d'appeler un chat un chat.

Sans pitié pour les nanars comiques et autres pécasseries des années 70, les auteurs posent des questions élémentaires accessibles à celui qui se les est posées face à ces follasses, ces camionneuses, ces martyrs, ces victimes, ces malades, ces personnes « comme les autres ».

Une auteure, un auteur (2) : est-ce cette formule si élémentaire qui permet à cet ouvrage un équilibre gays/lesbiennes rarement atteint ? Il est à souligner que la domination masculine habituelle dans le monde homosexuel est ici vaincue : sans compter le nombre de pages dédiées à chacun des genres (sans oublier bi et trans !), il semble que les lesbiennes aient enfin autant de place que les gays.

Cinéma, télévision, films disponibles seulement en vidéo ou DVD, sans prétendre à l'exhaustivité, il semble que l'on fait un tour d'horizon très représentatif... quel étonnement par exemple de voir cité Nationale 7 film tourné dans un « monde à part » (3) où l'un des personnages secondaires est gay !

Je laisse les spécialistes zoomer sur tel ou tel angle d'approche, sur les orientations militantes et les objectifs, le profane referme le livre comme on relève le siège de son fauteuil de cinéma après un bon moment qui a mêlé flashes-back et nouveautés, culture, plaisir et réflexion.


(1) Suisse romande http://www.lambda-education.ch/content/menus/doc/etude.html, Québec  : http://www.et-alors.net/articles/303

(2) Anne Delabre, journaliste est l'auteur de Paris gayment, Parigramme, 2005 et de Clémentine Autain : Portrait, Danger Public, 2006

Didier Roth-Bettoni a été rédacteur en chef du Mensuel du cinéma et de La Saison cinématographique. Il a dirigé les magazines gays ExAequo et Illico. Il collabore actuellement à Première, Les Toiles roses, L'avant-scène cinéma et est l'auteur de plusieurs livres dont L'homosexualité aujourd'hui, Milan, 2009, prochainement recensé dans cette rubrique

(3) Nationale 7, France, Jean-Pierre Sinapi, 1999

http://www.yanous.com/Nationale7/index.html

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le site de l'éditeur :

http://www.dangerpublic.fr/livre/cin%E9ma%20fran%E7ais%20et%20l'homosexualit%E9/9782351231692

Une anecdote personnelle : lors de sa projection au Centre Culturel Français du Caire (République Arabe d'Egypte), Coup de foudre fut, comme tout film diffusé au public, apporté au service de la censure. Après la pesée au gramme près des bobines (procédé habituel destiné à vérifier, après censure et découpage éventuels que les extraits « licencieux » ne se sont pas volatilisés) et visionnage du film, les censeurs, parmi lesquels messieurs barbus et dames voilées ont émis des réserves. Le jeune coopérant français s'est immédiatement empressé de justifier ce qui est souligné dans le livre p. 179 rien n'est explicité de l'homosexualité qui lie Léna et Madeleine. Effectivement ce n'était pas cela qui posait problème... ce qui gênait vraiment, c'est que la belle et sympathique Léna était juive et... sympathique, que l'on pouvait même la prendre en affection dans le camp de concentration de Rivesaltes où commence le film. Racisme, homophobie, antisémitisme...

 

 


Catherine de Garaté, Chemin de quoi, Thélès, 2008, 166 p.

Drôle de dame, drôles de drames. Un style qui émoustille, titille, un récit qui énerve ou qui ravit : un défi !

Mais à quoi ça rime ? Un roman qui met la prose en bouts rimés, qui ose les amants aux mœurs brimés avec humour. Une file de personnages reliés par l'amour ou le hasard. Et où lesbiennes et homos sortent du placard : on les suit avançant en âge au fil du monde qui s'égare. On s'enfile, on file, on défile, plutôt en ville.

Girafon, Cigalon et Carafon côté garçons, Marlène, Armelle et Isabelle côté femelles : les destins s'entrecroisent, des festins où l'on dégoise aux matins où l'on angoisse.

L'auteure remet nos pendules à l'heure : éditée à compte d'auteure, elle ne va sans doute pas faire son beurre. Qu'importe ? Elle nous emporte sur son chemin. Chemin de quoi ? De vies aux abois, d'amours hors la loi, où les portes des cœurs n'ouvrent pas sur le bonheur à chaque fois.

Verbicruciste à Lesbia Magazine, elle travaille chaque phrase comme à l'usine. Tourneuse de mots, fraiseuse de phrases, linguiste en embuscade, gay-teuse en bleu de chauffe, chimiste de l'allitération, chauffeuse de voûte palatine, cascadeuse de la rime. Auteur bénévole de BD, avec ou sans folles ou pédés, dans le même canard, elle a l'art de narrer la vie dans et hors des placards.

Avec de tels instruments, pas de pitié pour le sentiment : l'objectif narratif reste distant. Grand angle sur les gens et zooms sur les fragments intéressants. Du ras du sol au firmament, Catherine vise sang pour sang, dans un style toujours distant à la fois percutant et caressant. C'est au lecteur de finir le labeur, elle suggère et moi je gère, selon l'humeur.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le site de l'éditeur,

Une critique dans Lesbia magazine, qui vous en dira un peu plus sur ce livre …

Le blog de Lesbia mag : http://www.myspace.com/lesbiamag

 


Gérard GLATT, L'Impasse Héloïse, roman suivi de Hôpital de jour et de Lettre à Willy, Orizons, 2009.

Le dernier roman de Gérard Glatt répond plus ou moins aux règles du théâtre classique : le narrateur est pourtant un auteur de pièces de théâtre à succès d'avant-garde.

Unité de temps : une très chaude journée de juillet entre sept heures du matin et minuit.

Unité de lieu : entre le XIème et le XXème arrondissement de Paris, c'est l'un des personnages principaux qui donne son nom à l'endroit.

Unité d'action : que l'on se rassure, elle est beaucoup plus vague, plus fluctuante, plus librement interprétée et les protagonistes vont confronter leurs solitudes avec des résultats variables, même si le premier mot du titre ne laisse guère d'illusions sur le résultat de ces échanges.

Que l'on se parle, que l'on se touche, que l'on s'embrasse, que l'on « couche » à deux ou en partouzes, en privé ou en public, dans un lit ou une backroom, ce roman est celui d'une difficulté de l'échange humain.

Lucide sans vouloir être ni pessimiste ni démonstratif, le dramaturge construit son récit comme une didascalie argumentée qui rebondit d'acteur en acteur sans hésiter à faire des flashbacks sur les trois années précédant la « représentation ».

Avec pour dédicace « À toutes celles et ceux qui ne savent pas encore », cette « dramatique d'impasse » est peut-être un coming out, aux antipodes de la comédie de boulevard. On y trouve en effet, autour de la vieille Héloïse, plusieurs garçons assumant leur homosexualité de diverses manières finement suggérées plus que décrites ou analysées. C'est plus la difficulté de tout rapport à l'autre que son caractère homosexuel qui est au cœur des échanges.

Un sérieux tour d'impasse-passe qui peut donner à chaque lecteur la curiosité d'évaluer ses relations avec son entourage après d'une journée à la banalité forcément extraordinaire.

Les deux nouvelles ont la même qualité d'émotions : la gamme infinie du vécu d'une journée de combat contre un fichu virus en Hôpital de jour et une mystérieuse Lettre à Willy.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Le site de l'auteur :

http://www.gerard-glatt.net/

Sa biographie :

http://www.gerard-glatt.net/pages/Biographie-837093.html

Le site de l'éditeur :

http://www.editionsorizons.com/

Et celui de ses amis !

http://www.les-amis-d-orizons.com/

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Fiche technique :
Avec : Jacques Nolot, Jean-Pol Dubois, Marc Rioufol, Bastien d'Asnières, Gaetano Weysen-Volli, Bruno Moneglia, David Kessler, Rémy Le Fur, Jean Pommier, Lyes Rabia, Lionel Goldstein, Bernard Herlem, Claudine Sainderichin et Albert Mainella. Réalisation : Jacques Nolot. Scénario : Jacques Nolot. Images : Josée Deshaies. Son : Jean-Pierre Laforce. Montage : Sophie Reine.
Durée : 108 mn. Disponible en VF.

Résumé :
Pierre (Jacques Nolot) aborde déglingué la soixantaine. Depuis vingt-quatre ans il est séropositif, mais voilà que son médecin lui conseille de commencer une trithérapie. Il suppute qu’il va bientôt falloir payer l’addition de sa vie passée mouvementée. Esseulé depuis la perte de son amant, il a ritualisé sa vie pour ne pas sombrer : une fellation, un café, l’addition, tel est le quotidien de Pierre. Prisonnier de son passé, il se nourrit d’huîtres en compagnie d’un vieil ami ex gigolo, comme lui le fut, et ex taulard, comme lui ne le fut pas, un de ses nombreux regrets... Son autre grande nourriture est les psychotropes car il est dépressif, malgré les trois visites hebdomadaires à son psychanalyste. Ses vieux amis l’ennuient, et comble du désespoir ses amours tarifés sadomasochistes ne le font plus jouir. Le suicide devient une éventualité...

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L’avis de Bernard Alapetite :
Avant que j’oublie est le dernier chapitre de la transposition filmée de sa vie par Jacques Nolot. Selon la chronologie de l’existence de son double cinématographique qu’il a souvent interprété ou en raison d’un décalage chronologique fait jouer par un autre acteur, cette saga commence avec J’embrasse pas (1991), réalisé par Téchiné où l’on découvrait ce clone (?) de Nolot, âgé de seize ans, fuyant son sud-ouest natal pour monter à Paris pour exercer la louable fonction de prostitué pour messieurs, tant par nécessité que par vocation. On le retrouvait dans La Matiouette (1983), toujours réalisé par Téchiné, à partir de la pièce écrite par Nolot, où, acteur de second plan trentenaire, il rentrait au pays pour une confrontation avec son frère, joué par Nolot à contre-emploi, qui avait repris le salon de coiffure familial. Puis dans L’Arrière-Pays (1998), premier long métrage tourné par Nolot, on voyait le double de fiction de l’acteur-cinéaste, la cinquantaine, retourner dans son village natal pour enterrer sa mère et découvrir au passage quelques secrets de famille. Dans La Chatte à deux têtes (2002), il explicitait, avec un peu de complaisance, mais toujours beaucoup de tendresse, sa sexualité faite de rencontres furtives dans un cinéma porno. On peut mettre un peu à part Le Café des Jules (1998), adaptation d’un texte de Nolot par Paul Vecchiali dans lequel il ne joue pas tout à fait le même personnage. De même que dans Manège (1986), son premier court métrage, qui se résume à un soir de drague. Donc le premier sentiment avec Avant que j’oublie est de recevoir des nouvelles d’un ami que l’on regrettait d’avoir un peu perdu de vue...
Jacques Nolot admet que tous ses films suivent l'évolution d'un même personnage fictif, mais lui ressemblant beaucoup. Dans quelle mesure Jacques Nolot réécrit-il sa vie dans ses films ? La lucidité qu’il porte aux épisodes les plus sombres de son existence semble lui servir de thérapie. Dans une très intéressante interview, il nous éclaire sur sa démarche : « C'est Pierre dans ce film, Jacky dans L'Arrière-pays, Pierrot dans La Chatte à deux têtes. Mon écriture est un peu schizophrénique. Vous me racontez une histoire, je me l'approprie, je la fais mienne, je ne sais plus qui est qui, qui est moi, ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. Je ne sais plus où est la réalité. C'est là qu'on peut parler d'autofiction. »
Il s’agit donc surtout d’une réinvention de soi, mais qui paradoxalement, dans cette vie éminemment romanesque, privilégie les moments de creux, de doute, de spleen. Instants mis en exergue qui apparaissent en complète contradiction avec le caractère de l’auteur, animé d’un farouche appétit de vivre. L’intrigue est ténue ; on est plutôt en face d’une chronique du quotidien ordinaire et trivial d’un homme extraordinaire.

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Dans ce film presque uniquement peuplé d’hommes, la mort (comme toujours chez Nolot) est au centre de cette mise en scène à la fois élégante, distanciée mais profondément humaine, à l’humour sous-jacent. Pour autant, Avant que j’oublie n’est jamais morbide, paradoxalement c’est un film optimiste tout en nous mettant brutalement face à la vieillesse et à la maladie.
Les deux autres grands sujets du film sont le sexe et l’argent qui sont, dans l’esprit du réalisateur, intimement liés. Les personnes que fréquentent Pierre se répartissent entre d'anciens gigolos devenus riches, souvent après avoir hérité de leur vieux protecteur, et de jeunes mecs dont les premiers, devenus des bourgeois installés, s'offrent à leur tour les services sexuels contre de l’argent, une belle circulation néanmoins assez peu bressonienne (pourtant la diction blanche de Nolot n’est pas sans rappeler celle des « modèles » de Bresson)... Quelle que soit la palette des sentiments, le commerce des corps est ici indissociable de celui de l'argent, ce qui se traduit par une série de dialogues géniaux où se mélangent crudité et délicatesse mais où tout semble parasité par le fric.
Fait extrêmement rare au cinéma, Jacques Nolot filme frontalement le désir et la formulation du désir d’hommes d’âge mûr et même blets pour des jeunes hommes. Le cinéaste n’hésite pas à se filmer frontalement sous toutes les coutures et même sans coutures puisqu’on le voit nu à plusieurs reprises, y compris dans l’acte sexuel. Devant ce corps maigre et mou à la fois, au ventre ballonné, on peut méditer sur ce que deviennent les corps que l’on a désirés. J’avais déjà eu une pensée semblable en voyant les rééditions en dvd des premiers films de Cadinot. Il m’est inconfortable (pourquoi ?) de penser que les acheteurs de ces films se branlent sur des morts... Il se trouve qu’un des acteurs d’une de ces productions fut un de mes amants de passage et est mort du sida... On le voit, Avant que j’oublie, tout en remémoration à la fois nostalgique et malicieuse, devrait être propice aux confidences et à l’émergence des souvenirs enfouis. Une raison de plus pour aller voir ce film et d’aller le voir accompagné...

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Je voudrais rappeler ce qu’écrivait Gérard Lefort dans Libération qui en dit long sur la réception d’un tel film : « Un monsieur d'un certain âge reçoit un jeune gigolo qui fait ce pour quoi il est payé : il encule son client. Et dans la salle de projection, c'est une rangée entière de lycéens qui se leva avec force protestations. À se demander ce que ces braves jeunes gens ne supportent pas de regarder. Probablement pas la pornographie (par ailleurs totalement absente de cette scène crue mais ascétique) qu'ils consomment à tour de bras sur Internet. Peut-être l'homosexualité, mais surtout, qui sait, puisque ce sont des garçons qui fuyaient tandis que leurs copines tenaient en place devant le film, l'image « scandaleuse » d'un vieux avec un jeune, et plus certainement d'un vieux tout court qui prétend à une sexualité, quelle qu'elle soit. On se demande aussi ce que ces adolescents outrés pourront supporter de la vie si dans une fiction, ils désertent ce réalisme tranquille. » Cette attitude est significative d’une jeunesse qui se réfugie dans le cinéma de distraction, le plus souvent américain, pour mieux ne pas voir le quotidien qu’ils ont rarement le courage d’affronter.
Le style de Nolot est reconnaissable. Il privilégie, dans une lumière froide et clinique due à Josée Deshaies (qui a déjà signé celle par exemple du film Le Pornographe de Bonello), les plans-séquences et les lents panotages et exclut les gros plans. Il y aurait encore sans doute plus de plans-séquences si le metteur en scène avait pu disposer d’un budget plus confortable, mais le film a été tourné en 24 jours, avec pour tout subsides la seule avance sur recettes. La mise en scène est également très attentive au son dont le traitement n’est pas sans rappeler celui que lui faisait subir Gérard Blain, cinéaste avec lequel Jacques Nolot a de nombreuses parentés stylistiques.

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Le film est un antidote à la bêtise, cette propension à reconnaître plutôt qu’à rencontrer, telle que la définit une voix, celle du cinéaste Vincent Dieutre lisant un texte de Deleuze à la radio (simili-France Culture) pendant que Pierre revient piteux et merdeux d’une virée de drague ratée.
Le réalisateur évite si possible d’employer des acteurs professionnels, ce qui n’est pas sans lui poser des problèmes : « Ça a été très compliqué, parce que je ne voulais aucun acteur professionnel. Pour interpréter Marc, le premier gigolo, j'avais un vrai gigolo qui m'a posé un lapin au dernier moment. Mais comme j'avais prévu le coup, un jeune comédien, Bastien d'Asnières, que j'avais gardé en stand-by, est venu répéter à minuit la veille du tournage. Il s'est passé à peu près la même chose avec les autres rôles. Le problème, c'est que je suis tellement prisonnier des personnes dont je me suis inspiré que je ne peux jamais trouver un acteur à la hauteur du modèle. Même si, au final, je suis très content d'eux (rires) ! De toute façon, il n'y a pas de mauvais acteurs, il n'y a que de mauvais metteurs en scène. » David Kessler, patron de France Culture, ancien directeur du CNC, est impayable (si je puis dire) en psy lacanien. Ses déclarations nous éclairent beaucoup sur la manière de travailler du cinéaste : « Je ne connaissais pas bien Jacques Nolot. À la terrasse du café Beaubourg à Paris, il m’a apostrophé un jour en me disant : “Vous ressemblez au psychanalyste que je cherche pour mon prochain film.” N’ayant jamais joué, je ne pouvais être qu’un mauvais comédien, mais cela m’amusait, d’autant plus que cela ne devait durer qu’une journée de tournage... J’ai appris mes répliques, bafouillé un peu, j’ai rejoué sept ou huit fois la scène. Jacques Nolot me laissait faire, me donnait des conseils, notamment pour placer ma voix, ou jouer avec un rideau en regardant une fenêtre. »

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De l’aveu même du réalisateur, Avant que j’oublie est un film à clefs. Il n’est pas difficile de reconnaître Téchiné dans l’ami que visite Pierre et qui lui dit que ce qu’il peut arriver de mieux à leur âge c’est l’argent. Je ne suis pas sûr que Téchiné sera enchanté de ces scènes qui devraient bien faire rire le microcosme parisien du cinéma (l’acteur qui interprète le cinéaste est physiquement très proche de son modèle... en moins moche ; il faut dire que le directeur de casting du film est Jacques Grant qui remplit habituellement cette fonction chez... Téchiné).
Le film s’ouvre et se clôt par deux séquences que l’on peut qualifier de conceptuelles. Il commence dans un silence total. Sur l’écran blanc, un point noir lentement grossit jusqu’à dévorer le blanc de la toile pour permettre au titre, dans une obsolète typo machine à écrire, de s’inscrire en blanc sur noir.
Je voudrais rebondir sur deux mots : obsolète et machine à écrire. Très significative est la représentation de Nolot écrivain par Nolot cinéaste sur les rapports que Nolot entretient avec l’activité d’écriture et la modernité. Pierre est un écrivain. On le voit à l’œuvre, écrire difficilement à la main, pas d’ordinateur dans son appartement dont la géographie semble fluctuante, ni même de machine à écrire. Le projet littéraire de Pierre n’est jamais exposé mais il faut dire que les ellipses, comme on le voit, très stimulantes pour le spectateur, sont fréquentes dans Avant que j’oublie. On observe plus l’écrivain dans les interstices de son labeur, arpentant son logis, somnolant sur son divan fatigué, fumant compulsivement les cigarettes blondes qui ne le quittent jamais.

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La dernière scène est bluffante d’audace et d’intelligence. Elle renforce le côté conceptuel que possède aussi le film avec ses répétitions jumelles... Pierre se rend dans un cinéma porno de Pigalle, travesti en vamp brune, une Mangano décatie, comme l’écrit dans sa belle critique des Inrockuptibles, Jean-Marc Lalanne, pour racoler un garçon qui voudrait bien éponger sa solitude. Après un long regard caméra, l’improbable silhouette vacillante, fumant peut-être sa dernière cigarette, s’enfonce dans le noir au son d’une musique sépulcrale, la seule de tout le film. C’est Lazare retournant au tombeau et c’est aussi Nolot s’engloutissant dans le cinéma porno de La Chatte à deux têtes et quittant son troisième film pour revenir dans son deuxième...
Jacques Nolot réussit le tour de force de rendre jubilatoire son portrait en vieux pédé pas pépère. Son Pierre n’est jamais pitoyable, même dans les situations les plus scabreuses. Il est toujours sauvé par le regard plein d’humour et de tendresse sans complaisance qu’il pose sur les autres et surtout sur lui-même et aussi par son intelligence qui est bien sûr celle du cinéaste. Il nous entraîne dans son monde si singulier, en le rendant évident, comme le seul possible. Avant que j’oublie est aussi un film pétant de santé sur le sida. On a rarement vu au cinéma un personnage aussi riche et sympathique que ce Pierre atrabilaire.

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L’avis de Stéphane Mas (Peauneuve.net) :
Jacques Nolot est cinéaste, sexagénaire et homosexuel. Trois attributs promenés au long d’un film passant l’âge et le désir à la moulinette d’un fauteuil de coiffeur. Récit d’un écrivain en manque d’inspiration malgré son appétit vorace de succion, Avant que j’oublie dresse l’inventaire d’un homme qui tombe. Hanté par le deuil et la perte, Nolot brûle la vie par la chair. S’il faut être damné, que la chute soit au moins belle. Elle s’avère bouleversante.
Un corps s’agite sous les draps dans une pièce sombre. Un cri de vomissement pour sortir, faire le corps se lever, avancer plus avant dans la nuit. Nolot filme l’isolement d’une maladie, d’une solitude, d’un espace vide où il reste seul. À l’écran comme au cinéma français, Nolot se bat, se démène pour exister. L’homme convulsé de spasmes, prend un café chez lui, nu dans la nuit. Une ouverture pour mettre en bouche le film, mais aussi le corps, puisque c’est cela dont il s’agit. Avant de mettre le verbe, Nolot reprend Bacon et montre la chair comme matière.


L’inversion par la chair

Cinéaste de l’inversion, Nolot retourne le classicisme dans sa forme. Lang puis Hitchcock nous avaient appris à ne dévoiler qu’à mesure. La misogynie du second lui faisait préférer les blondes à l’éther un peu fêlé. Nolot prend son (contre)pied avec des mâles très bruns. Ainsi, plutôt que de partir du tout habillé, extérieur chic et social pour ouvrir sur l’intime et révéler le secret derrière la porte, Nolot ouvre celle-ci en grand pour mettre son corps à nu. Corps meurtri, abîmé par le temps, qu’il va lentement couvrir, habiller de mots, de vêtements et d’amour, grâce au souvenir de ceux qui sont déjà partis.
Partir revient ici à rencontrer la mort. Avant que j’oublie porte d’ailleurs dans son titre la menace à venir. La mort est partout. Dans les mots, les corps, les objets la rappelant sans cesse à l’intérieur du cadre – médicaments, lettres ramenées d’outre-tombe, cigarettes alignées sur le bureau comme des baïonnettes prêtes à percer les poumons du condamné. Mais à quoi au juste ? À la vie, à la mort, jusqu’au bout sans répit, Nolot lutte et s’avance, à l’instar de Pierre, son alter ego de fiction.

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Le sexe, c’est la santé. Petite valse entre gentils messieurs
Si la mort talonne, autant la gifler par la vie. Le sexe fait donc son entrée. D’abord brut et sans fard, décliné en quatre pattes et jappements canins, il devient galant lorsque ces messieurs cravatés évoquent leurs anciennes étreintes. Médecins, avocats, gens de bien n’hésitant pas à mettre genoux à terre pour s’adonner au plaisir, avant de rejoindre madame pour la pause déjeuner. Un sexe petit bourgeois du grand Paris se promenant en chaussette sur des parquets trop bien cirés.
Maître de cérémonie, Nolot organise en valse les entrées et sorties de ces tendres pantins du même sexe. Lorsque la bouche ne reçoit pas d’offrandes, elle compte, jauge et compare les tarifs de ses fournisseurs en gâteries. Le temps joue alors l’impitoyable loi des cycles. Les gigolos d’antan deviennent clients d’aujourd’hui, entretenant à la fois le désir des corps jeunes et la plainte mélancolique du temps qui dévore.




Légère et onctueuse, la sauce tournera vite au noir

Ce glissement du temps agit également sur la forme du film. Coins de chambres et de couloirs, velux pris sur la tôle, vitres ouvertes des restaurants, l’espace est mis en scène à l’image du bonhomme. De même, la lumière varie suivant où il se trouve et avec qui il parle. Blanche et transparente au social, sombre et noire à l’intime. Enfin la parole, tantôt volubile et joyeuse, disparaît en silence à l’ouverture et au final.
Disons-le simplement, Nolot est cinéaste, et du côté des grands. Jouant la farce tendre avec l’élégance du raffinement, il se montre tour à tour claustrophobe, apprenti cambrioleur, assidu en psychanalyse et causeur patenté. Pourtant, derrière le dandy frivole, l’homme reste nu, solitaire comme un vers. Une solitude en forme d’attente, de quête d’amour et d’inspiration, le tout mis sous berne d’une ordinaire topographie urbaine.

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L’inventaire par la perte, ou la mélancolie libidianale
Qu’y a-t-il de plus triste qu’un sexodrome près d’un Mac Do ? Clown désœuvré au paradoxe d’une mélancolie libidianale, Nolot revient sur la perte dans une économie de récit, d’espaces et de moyens parfaitement maîtrisée. Peut-être est-ce d’ailleurs la raison pour laquelle l’argent, après la perte et le sexe, envahit l’écran de manière obsessionnelle.
La mort de l’ancien amant, sa fortune séquestrée par ses ayant-droits, concentrent une symbolique anale autour de ce qui reste. En l’occurrence les francs, anciens, nouveaux, euros présents, passés ou à venir. Ceux de l’héritage qu’il aurait du toucher, et dont Pierre ne verra rien, où alors dans une salle d’enchères, comme n’importe quel badaud.
Ne reste alors qu’à accepter ce qui de cet être cher, il est en train de perdre. Accepter the perte, celle du corps, du temps, de l’amour, et puis la vie, au hasard Balthazar, plaçant le soleil noir au centre du film comme l’est la maladie au centre du corps. S’il ne reste qu’une chose, ce sera donc le cinéma, quelques morceaux de pellicules pour une danse d’étoiles mortes.



Urgence de la nécessité pour cinéma vrai

Dans son titre déjà, Avant que j’oublie supposait l’inventaire. De ce qu’il reste à dire et à faire, au cinéma comme à la vie, avant d’être emporté. Inventaire d’amour passé, de ce qui lui survit, des fantasmes auxquels il reste à se confronter. Jusqu’à parvenir à ce point ultime où rien ne semble impossible puisque la mort approche.
Avant que j’oublie est habité par l’urgence de la nécessité. D’où cet impact, cette force intense d’une fiction au-delà de l’ego, débordée par la vie du cinéaste sur laquelle elle repose. La séquence du journal de vingt heures illustre ainsi à merveille cette hypertrophie du réel avec laquelle Nolot joue en glissement tout au long du film.

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La solitude de l’abandon, au delà de l’ego
Au spectacle rassurant d’une vieille folle sortie de sa cage succède l’image plus dure d’un homme seul. Un plateau repas, des médicaments, une lucarne. Face à lui, le journal de vingt heures déverse l’horreur devenue invisible à force d’être montrée. La maladie à combattre, cette même maladie qui provoquait le vomissement en ouverture du film, n’est plus seulement celle du corps. Elle devient celle du monde.
Nolot dégage ainsi son cinéma de la niche homosexuelle tout en ne cessant jamais de revendiquer son identité, ici de manière bouleversante. Est-ce à l’extrême de l’artifice qu’on trouve sa vérité ? Partisan d’une vie qu’il faut passer en laisse et mordre jusqu’au bout, Nolot finira par se figer en femme, adossé à l’entrée d’un peep show. Une pose d’actrice de film noir, la cigarettes aux lèvres pour un œil en liquide, les doigts peints, la moustache rasée. Un drag en requiem d’amour pour une fin sublime à la douceur lugubre, apogée grave et sereine d’un condamné s’avançant vers le noir. Sublime, vous dit-on. Il suffit d’aller voir.

Pour plus d’informations :

Une page complète dans l’Yonne républicaine pour le mariage de la fille de Mr et Mme. de Raincourt ! Costumes de cérémonie, chapeaux pour les messieurs et pour les dames, plutôt austères pour les messieurs, plutôt colorés pour les dames. Une église de village, le bon peuple invité qui salue. Des ministres nouveaux et anciens, des députés, anciens et nouveaux, un archevêque, un Monseigneur, trois curés, on m’avait dit que pour le curé il y avait pénurie, un soleil de plomb. Ça devait transpirer ferme sous les chapeaux, jaquettes et robes. Les bises n’ont pas claqué sur les joues, chez ces gens-là on pratique le baise main discret et raffiné. Madame fille et Monsieur gendre se sont rencontrés chez Mazars où ils sont conseillers, en chapeaux sans doute.
Mr Homais devait se trouver dans la foule, il y sera allé de son petit discours. Il se sera dit des choses graves, des mots définitifs auront été prononcés,des regards entendus auront été échangés, des « tu », des « toi », des « ils », des « nous » auront claqué sous les chênes centenaires du parc. Champagne, caviar, (ont ils osé ?), on aura dansé peut être plus tard dans la nuit, mais attention ce n’était pas une Rave Party.
Puis on se sera couché, un petit rot, un petit pipi, heureux d’appartenir encore au XX1 ème siècle à ce monde privilégié venu des si loin quand l’aristocratie et la finance faisait alliance.
Ah Flaubert, mon bon Flaubert, comme tu nous a manqué. Je t’imagine sur la place du village, regard gourmand et, retour au gueuloir nous sortir trois quatre bonnes pages, bien juteuses d’ironie. La gazette de l’Yonne les aurait peut être publiées

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Vendredi 10 juillet 2009

by  Lucian Durden

 

 


Lucian Durden a 34 ans. Il est membre fondateur des Écrivains mendiants de Paris. Ancien chef de la succursale des Flandres de l'École des tripes et amis du foie de veau. Publications dans le Bulletin de la société Jules Verge N° 45, 2ème trimestre. Il occupe les fonctions de directeur de la WithoutBooks Publishing en Pennsylvanie. Ah oui, il est aussi hétérosexuel. C’est notre quota légal dans l’équipe du blog Les Toiles Roses.

 

Lire l'aventure précédente

 

Troisième aventure

 

Autant de pognon pour ça ! Même pas le droit de lui rouler une pelle ou deux… Même pas le droit de lui toucher les nichons… Enfile la capote et enfile-moi ! Voilà ce qu’elle m’a dit. J’aurais voulu un peu de tendresse en supplément, ce n’est pas rien de se faire sucer par un mec lorsqu’on est hétéro, elle aurait pu me consoler un peu cette pute !

J’ôte mes chaussures dans le couloir et referme la porte d’entrée le plus délicatement possible. Ça fait pratiquement vingt-quatre heures que je suis parti, j’ai la bite qui pleure de honte et qui me fait la gueule ; je dois sentir des parfums qui ne sont pas les miens… Mais ils doivent se neutraliser, celui du pédé et celui de la pute, si bien qu’avec un peu de chance ma femme n’y verra que du feu.

J’ouvre la porte de la cuisine ; elle est là, assise à sa place, dans son vieux peignoir en éponge rose. « Mais où t’étais ? J’étais morte d’inquiétude !

— Je me suis laissé embringué, tu sais ce que c’est…

— Des pédés… c’est ça… mon cul oui. »

Pourquoi me parle-t-elle de cul ? C’est dingue ce sixième sens que possède les femmes.

« Et y avait pas une seule fille ?

— Des lesbiennes chérie, oh, arrête maintenant !

— Ah ouais… Ça t’excite ça les lesbiennes, deux filles…

— Tu sais bien que les lesbiennes sont des espèces d’ennemies des hommes, t’es une femme, tu sais comment ça marche…

— Justement, les lesbiennes sont homos pour rire ! »

Je passe une heure à jurer mes grands Dieux que je n’ai pas fait de conneries, d’ailleurs je n’en ai pas fait… Se faire sucer par un pédé ça ne compte pas… Pas plus que se taper une pute… C’est pas comme si je l’avais trompée avec une femme normale. Je me glisse sous les draps et songe quelques instants à ces derniers mots. Rien de tel que deux nanas dans un plumard, peut-être, je n’en sais rien, avec les potes au boulot on en parle, moi ça ne me dit rien deux filles qui font l’amour, après tout, c’est leur amour… Ceci dit, elles doivent bien avoir envie de… Enfin ! Il leur manque un truc quand même ! Les pédés, ils ont tout sous la main… mais elles non. Faut que je m’intéresse à la question sérieusement. Mais c’est moche une lesbienne, c’est vrai, je n’en ai pas encore rencontré, mais c’est moche. Des nanas qui se coupent les cheveux en brosse, qui portent des jeans coupés homme et qui ont aux pieds des chaussures de sécurité : putain l’horreur ! Les lesbiennes des films ça n’existe pas, je veux dire les filles normales, qui ressemblent à des filles. Et puis c’est pas pareil, c’est vrai, c’est naturel chez les filles, de se tripoter… Y a qu’à voir les gamines dans la rue, elles se donnent la main pour se promener et se brossent les cheveux mutuellement. Les filles sont homos pour rire. J’envoie un petit coup de coude sur ma droite.

« Tu dors ? Je voulais te demander un truc.

— Ouais…

— Dis, tu préfères les pédés ou les gouines ? Je veux dire… Qu’est-ce qui te choque le plus ? »

Elle se retourne telle une carcasse de bœuf sur un tournebroche ; le lit est secoué de spasmes pendant dix bonnes secondes. Manquerait plus qu’elle lâche un pet !

« Des filles, c’est dégueulasse…

— C’est quand même moins crade que deux mecs ensemble. Tu vois ce que je veux dire ? »

Elle se redresse, rajuste l’oreiller dans son dos et pose ses bourrelets sur ses cuisses.

« J’en ai rien à foutre de les imaginer se lécher… c’est dégueulasse, c’est tout ! Elles servent à rien ! »

Ma femme m’explique que les lesbiennes, en refusant les queues et leur foutre, sont inutiles à l’humanité parce que refusant de devenir mamans, de se faire engrosser comme toutes les femmes normales devraient vouloir le faire. Les pédés c’est pas la même chose, ajoute t-elle, puisqu’ils ne peuvent pas faire de gamins…

Je lui souhaite une bonne nuit. Je n’ai rien compris à ce qu’elle vient de me raconter. Soudain je m’aperçois que je n’ai pas envie d’elle. En temps ordinaires, je serais rentré de beuverie et je lui aurais grimpé dessus pour bien lui montrer que je suis le patron. Mais là rien, je n’ai pas envie. Je me demande si je ne suis pas devenu pédé. Mais l’idée de me retrouver allongé sur un mec me fout la gerbe. Je constate que le pédé et la pute m’ont tué la queue, ou l’esprit, mais c’est pareil. C’est la seule explication. Je fais un blocage maintenant. Que faire ? En parler à quelqu’un ? Surtout pas à ma femme. Les collègues n’en parlons pas, si je leur raconte qu’un type m’a sucé, ils sont capables de repeindre mon bus en rose et toute la ligne 6 sera au courant… Je crois que je suis seul, condamné à porter ce fardeau pour le reste de mes jours.

 

10 heures 12. Roger me sert mon demi. J’essaie de ne pas me couper de mes habitudes, j’ai lu dans des bouquins dans les toilettes qu’après un traumatisme y faut se remettre tout de suite à refaire des choses qu’on aime. Je bois une bière avec lui, de bon matin, même si en réalité cette vie me glisse entre les doigts comme si la nouvelle m’appelait à elle. Je n’ai jamais été de la première vie, pas tout à fait, et ne suis pas de la seconde non plus. Quatre demis plus tard, je songe à retourner dans ce bar du Marais, pour voir, pour tenter de comprendre ce qui m’arrive.

« Hé !

— Oui Roger ?

— C’est deux pédés qui se rencontrent… Le premier dit à l’autre : ‘Alors avec ton copain, ça se passe bien ?’ et l’autre répond : ‘Oh… m’en parle pas, j’ai même plus le temps de péter !’ »

Pourquoi est-ce qu’il me raconte cette blague, à moi ? Aujourd’hui ? Je me lève et entre dans les toilettes afin de regarder dans la glace si mon visage a changé, si mes traits se sont modifiés, si les linéaments hétéros se changent en… Merde ! Il ne m’a pas sucé l’autre con, il a soufflé dans ma queue !

 

Je suis dans mon canapé, le téléphone dans la main. Ça fait quatre fois que je compose le numéro de l’association de gays et que je raccroche à la première sonnerie. Je me lance.

« Oui, nous sommes là pour t’aider…

— Voilà, un type m’a… Comment dire ? Une fellation quoi, vous voyez ?

— Tu as peur c’est ça ? La maladie ?

— Oui… Non, pas ce que vous pensez… Ma question c’est… Est-ce que je suis pédé ?

— Ben j’en sais rien moi !…

— Mais je me suis fait sucer par un mec !

— Mon beau-frère fume une clope après avoir picolé, pourtant il n’est pas fumeur… ».

J’appuie sur la touche rouge du combiné, inutile d’en entendre davantage, c’est ma clope, mon petit écart sans incidence, le petit plaisir que l’on s’autorise parce qu’il est exceptionnel. Je ne suis pas pédé ! Foutue bonne nouvelle !

 

Je gare ma voiture. Il est 22 heures 18. Je traverse la rue et fais la bise à un type qui me reconnaît et avec lequel j’ai bu quelques verres l’autre soir. Le Coxx est plein à craqué…

 

Europe Ecologie: Billard démissionne des Verts et se rapproche de Mélenchon

AFP 08.07.09 | 13h12

La députée Martine Billard a annoncé mercredi qu'elle démissionnait des Verts pour se rapprocher du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, critiquant "cette évolution au centre que subissent les Verts avec Europe Ecologie".

Mme Billard participera en décembre avec M. Mélenchon au "congrès de fondation programmatique" d'un "Parti de gauche écologiste".

"Je démissionne des Verts", a annoncé la députée de Paris lors d'une conférence de presse commune à l'Assemblée nationale avec Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez, ex-membres de l'aile gauche du PS et co-fondateurs du Parti de Gauche fin 2008.

"Nous sommes écologistes et de gauche, nous ne nous retrouvons plus dans cette évolution au centre que subissent les Verts avec Europe-Ecologie", a dit Mme Billard, un mois après le triomphe de Daniel Cohn-Bendit et de ses listes aux élections européenes.

"On a vu apparaître dans Europe-Ecologie une grande partie de Génération Ecologie, qui est de droite. Nous, on n'est pas de droite, on est de gauche", a affirmé la députée de Paris, qui a toujours incarné l'aile gauche des Verts où elle a passé 16 ans.

"Nous appelons les écologistes qui se reconnaissent dans l'antilibéralisme et dans l'antiproductivisme à participer collectivement" à la fondation de ce nouveau Parti de gauche écologiste, a-t-elle lancé.

Mme Billard a dit qu'elle s'exprimait également au nom de Paul Ariès, "objecteur de croissance" et directeur du journal "Le Sarkophage", absent de la réunion.

"Pour le Parti de Gauche, c'est une formidable nouvelle", "enthousiasmante", s'est félicité M. Mélenchon.

"On va essayer de faire ce qui est le coeur du projet du Parti de gauche, un parti creuset. Il faut que les différents éléments produisent un métal, une matière nouvelle", a déclaré l'eurodéputé.

"Nous ne les accueillons pas comme les porteurs d'une vérité révélée devant laquelle nous nous écroulerions béats d'admiration", a toutefois prévenu M. Mélenchon, adhérent du PS pendant 31 ans avant de fonder son parti.

"Combien de gens vont sortir (des Verts, ndlr), je serais incapable de vous le dire. On refera le point en septembre", a dit Mme Billard.

Martine Billard est députée de Paris depuis juin 2002. Elle était l'une des quatre députés Verts avec Yves Cochet, François de Rugy et Noël Mamère. Dans l'hémicycle, elle intervient régulièrement sur les projets de loi sociaux.


Petits remous à la gauche des Verts troublée par le positionnement d'Europe Ecologie
LE MONDE | 08.07.09 | 14h06  •  Mis à jour le 08.07.09 | 14h06


a campagne d'Europe Ecologie et les appels du pied au MoDem ont été la goutte d'eau de trop. La députée de Paris Martine Billard a décidé de quitter les Verts et de rejoindre le Parti de gauche. Elle devrait l'annoncer, mercredi 8 juillet, lors d'une conférence de presse au côté de Jean-Luc Mélenchon. Dans une tribune qu'elle signe avec Paul Ariès, économiste et théoricien de la décroissance économique, à paraître le 9 juillet dans Politis, elle explique être désormais convaincue que "le Parti de gauche peut être un vecteur de la convergence des exigences sociale et écologiste".

Voilà des mois que la députée, animatrice de la gauche des Verts, ne cachait plus sa lassitude. Elle avait tempêté contre le refus de la direction de son parti de signer les communiqués unitaires des partis de gauche de soutien aux manifestations syndicales du printemps. Puis raillé l'inquiétude soudaine de certains membres de l'exécutif sur l'"absence de la dimension sociale" dans la campagne européenne d'Europe Ecologie.

Les déclarations de Daniel Cohn-Bendit appelant les "écologistes du MoDem" à rejoindre son mouvement, samedi 4 juillet, l'ont définitivement persuadée que le projet politique proposé - " le rassemblement des écolos" - n'était plus le sien. Son courant a perdu du terrain depuis le dernier congrès en décembre 2008. Et elle en a marre de "servir d'alibi social". "Le social n'est qu'un discours, pas une conviction profonde chez les Verts", explique Mme Billard. A ses yeux, il y a désormais deux projets écolos : "Celui du clan Cohn-Bendit est d'occuper le centre à la place de Bayrou. Moi, je suis écolo et de gauche."

Contactée en février par M. Mélenchon pour prendre la tête de liste du Front de gauche dans le Sud-Est, elle avait décliné son offre, encore sceptique sur la conversion à l'écologie du président du Parti de gauche. Entretemps, M. Mélenchon a martelé sa volonté d'inclure l'écologie dans son programme en défendant une nouvelle "planification écologique". Désormais, elle le croit.

Persuadée que le résultat des listes Europe Ecologie va obliger l'ensemble des forces politiques à se remettre en question, Mme Billard participera donc au second congrès de fondation du Parti de gauche en décembre. Avec Paul Ariès, elle espère pouvoir faire changer le nom du parti de M. Mélenchon en "parti de gauche écologiste". "On veut que l'identité écolo s'affiche. C'est un pari dans un parti dont ce n'est pas la tradition. Mais c'est le moment car tout bouge à gauche", croient-ils.

C'est en tout cas une belle prise pour le sénateur de l'Essonne qui veut asseoir son parti à la gauche du PS. Il affirme que ces ralliements ne sont pas les premiers. Depuis quelques semaines, le PG a vu arriver des militants Verts, ou des "ex" qui avaient quitté leur parti lors de la présidentielle, ne se trouvant plus dans l'orientation "recentrée" de leur parti. Des partants seraient ainsi annoncés en Ile-de-France, Poitou-Charentes, Pays de la Loire et en Picardie. La direction des Verts assure n'être au courant d'aucun départ. "Nous souhaitons garder tout le monde", assure Jean-Vincent Placé, membre de l'exécutif. Il dit même "faire très attention" à l'aile altermondialiste de son organisation. Et tenir à trouver une place pour Mme Billard aux "journées d'été du rassemblement" en août. Trop tard.

 

Sylvia Zappi
Article paru dans l'édition du 09.07.09

 

Un gay montpelliérain tabassé pour quelques mots

Par Stéphane Garneri mercredi 08 juillet 2009, à 11h59 | 3463 vues

Grégory a été roué de coups le mois dernier dans la rue, par deux hommes qui avaient surpris sa conversation. L'enquête est au point mort malgré sa plainte et des renseignements précis sur ses agresseurs.

 

Tout commence le 13 juin dernier, lorsque deux hommes, en train d'uriner entre deux voitures, surprennent une conversation entre Grégory et une collègue de travail, en chemin pour faire une course. Grégory explique qu'il en a marre d'être célibataire, et plaisante en disant qu'il va finir par aller au Jardin du Peyrou, un lieu de rencontre nocturne fréquenté par les gays. Les deux hommes invectivent Grégory: «C'est dur d'être célibataire... Vas à ton Peyrou!».

Points de suture
Grégory et sa collègue ne relèvent pas ces propos et poursuivent leur chemin. C'est alors qu'un des deux individus se précipite sur lui et le saisit violemment par derrière. Puis il le jette au sol, avant d'être rejoint par le deuxième individu. Les deux hommes s'acharnent alors sur Grégory qui reçoit des coups de poings au visage et des coups de pieds sur le corps. Les deux agresseurs ne prendront la fuite que lorsque les propriétaires d'une épicerie située à côté du lieu de l'agression finissent par sortir en entendant l'appel au secours de la collaboratrice de Grégory.
 
Suite à cette agression, le jeune homme se retrouve avec plusieurs hématomes sur le visage et sur le corps, et avec une plaie qui nécessitera des points de suture. Des blessures et un traumatisme qui lui valent trois jours d'interruption totale de travail.
 
Numéro de plaque d'immatriculation
Trois jours après son agression, Grégory dépose plainte. Mais quelques jours plus tard, Grégory recroise ses agresseurs au volant d'un véhicule, non loin de son lieu de travail. Il note le numéro de la plaque d'immatriculation de la voiture, et appelle immédiatement les forces de l'ordre.
 
Malgré ces précisions, les agresseurs n'ont même pas été entendus, ou interpellés. Aujourd'hui, ils évoluent toujours régulièrement à proximité des locaux de l'association dont Grégory est salarié. Grégory se rend donc sur son lieu de travail avec la peur au ventre. Cette peur est partagée par les autres membres de l'association qui craignent que l'une ou l'un d'entre eux soit pris à partie.

«Célérité dans le traitement de la plainte»
Grégory, qui souhaite que ses agresseurs soient traduits devant la justice, s'est tourné vers la LGP Montpellier Languedoc Roussillon pour être accompagné et soutenu dans cette affaire.
 
Dans son communiqué de presse, la LGP demande ainsi «au Procureur de la République de Montpellier qu'il accorde intérêt et fasse preuve de célérité dans le traitement de la plainte déposée par la victime». La LGP demande aussi «que les agresseurs de Grégory soient interpelés et entendus au plus vite, et que des rondes policières soient régulièrement faîtes afin de rassurer le personnel, les bénévoles et usagers de cette association et ce, jusqu'à ce que cette affaire soit réglée».

Samedi 11 Juillet c'est la soirée HOT Barbecue de l'Olisbos !

Si vous souhaitez participer au repas, il faut réserver MAINTENANT.

Toutes les infos sont ici :
http://www.olisbos-libertin.com/club/barbecue-hot/


A trés bientôt dans notre établissement


Le Staff de l'Olisbos

L'Olisbos votre club libertin : 100% Fête + 100% Sexe + 0% Stress



L’Olisbos
14, Rue de l’Isle
ZI Terres du Canada
89570 Monéteau
Tél.: 03 86 40 60 16
http://www.olisbos-libertin.com
-dessous, pour info

pascale

 


De : Union Locale CGT Auxerre [mailto:cgt-auxerre@cgt-yonne.fr]
Envoyé : mardi 7 juillet 2009 23:55
Objet : très urgent : RDV mardi 8 juillet à 9h devant le commissariat de police d'Auxerre

 

Bonsoir,

 

Le Comité de Vigilance 89 vient de nous informer, ce lundi soir, qu’un jeune homme originaire du Sénégal, « sans papiers », en France depuis 2000, est en rétention au commissariat d’Auxerre. Père d’une petite fille qu’il a reconnue, il souhaitait que sa situation soit régularisée afin de pouvoir vivre au grand jour sa vie de famille.

Il s’est fait arrêté lorsqu’il est allé déposer des papiers réclamés par la préfecture.

 

Il risque d’être emmené demain à Roissy pour être expulsé par le premier avion pour Dakar.

 

Avec le Comité de Vigilance 89, l’Union Locale CGT d’Auxerre appelle tous ceux qui le peuvent à être présents demain, mardi 8 juillet, à 9h, devant le Commissariat d’Auxerre pour protester contre cette expulsion et réclamer la régularisation de ce jeune homme.

 

Affiches disponibles sur le site de l’UD à cette adresse : http://www.cgt-yonne.fr/le-materiel-syndical/98-affiches-solidarite-avec-les-sans-papiers

 

Pour l’Union Locale CGT d’Auxerre,

Pascale Marlin

 

 

 

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Vendredi 10 juillet 2009


1. DE L’AGRUME À L’AGITATRICE…

 

 

Marie Fritsch

 

Comme son nom ne l'indique pas, Marie Fritsch n'est ni vierge ni allemande et ne prie pour personne. Compagne à la scène comme à la ville de votre chroniqueur déjanté préféré Lucian Durden, Marie a fait son coming in et n'en démord plus. Hé oui jolis garçons, cachez vos larmes, ces deux-là sont amoureux.

En rêve elle a monté sa librairie, un lieu au croisement des genres et des cultures, où il fait bon s'attarder autour d'un verre d’excellent vin pour faire et défaire le monde tel qu'il va. En vrai, elle porte le gilet, Marc Lévy et autres balivernes à bout de bras. Mais Marie n'a pas dit son dernier mot.

 

Dans une petite ville de province, nous étions un cercle étroit d'amis, tous fondus de cinéma, littérature et musique. Nos années sauvages, le fanzine, existait déjà ; j'étais la seule fille, et tous ces charmants garçons attendaient de moi que j'excite un peu le lectorat masculin en mal de fantasmes. L'invitation n'était pas exactement idéale, mais la plume me chatouillait, j'ai alors accepté. Ce qu'ils ne savaient pas encore, c'est que sous le joli pseudo de l'Agrume (UN ou UNE agrume ?) se cachait une inconditionnelle des dessins érotiques du Livre blanc de Jean Cocteau, gravement perturbée à 12 ans par la lecture de La Ville dont le prince est un enfant de Montherlant, touchée en plein cœur à 18 par le film de Genet Un Chant d'amour, affolée par les chemises de Patti Smith et fan invétérée de Morrissey. Non, juste une fille l'air un peu rock et paumée comme il se doit de l'être à l'aube des années 2000...

 


Premier article : une longue et lyrique déclaration d'amour à l'actrice Laura Smet dans le film Les Corps impatients de Xavier Giannoli, cette histoire de triolisme sur fond de mort annoncée. État des liens du fait d'un corps défunt. Passe encore, puisque Paul baise Ninon sous les yeux de Charlotte, et que la machine à fantasmes se met en route toujours, bref mission accomplie. Ce n'est qu'un hasard, finalement ce film a touché un large public malgré son sujet, exacerbation du charnel face à la mort, pulsions qui transcendent les genres et les liens préétablis.

 


Suivra un papier sur Tiresia, film audacieux de Bertrand Bonello, magnifique partition pour une symphonie des corps, tout à la fois profane mystique et rock'n roll. Des putes travesties du bois de Boulogne, seins gonflés à bloc, cuir et vinyle, on passe aux paroles christiques prononcées lors d'un baptême à la campagne, loin des simulacres. Le sang, les martyrs, le désir et le sacré, Pier Paolo Pasolini n'est pas loin. Tiresia est une pute du Brésil, transsexuelle, et qui scande avec candeur cette ritournelle : « Bientôt je serai dans mon jardin de roses, des roses avec des épines. Des fausses odeurs, bien meilleures que les vraies. L'original est vulgaire, à cause de son passé. La copie est parfaite ». Un peu plus loin, on la/le voit parler à un hérisson. Tout en tendresse et respect pour la petite bête, elle/il lui dit : « Qu'as-tu fais aujourd'hui ? Tu as fais le hérisson ? » Pour Tiresia, l'identité n'est pas naturelle mais culturelle, elle réside dans la transformation. À ce stade tout est dit. Le réalisateur insuffle aux images un érotisme trouble et montre la beauté d'un corps transcendant la dualité homme/femme. Un film important, qui aborde autant la problématique médicale (le corps de Tiresia, soudain privé d'hormones et qui échoue à séduire Terranova, son geôlier amoureux) que celle de la souffrance psychologique et du positionnement identitaire du transsexuel. « C'est vrai qu'on a quelque chose de plus, c'est une grande joie mais c'est une fête désespérée », dit Tiresia.

 


Verdict pour l'Agrume, mes jolis garçons menacent de m'évincer si je persiste à embrouiller le lecteur. Ils plaisantent bien sûr…

Troisième, quatrième et cinquième articles... Le film Son frère de Patrice Chéreau, notre frère à tous. Le Dictionnaire des Cultures Gays et Lesbiennes chez Larousse sous la direction de Didier Eribon. Et enfin le Dictionnaire de l'homophobie, sortie parallèlement aux PUF, remarquablement écrit par Louis Georges Tin (que certains d'entre vous connaissent bien par ici). Je conclue mes articles par un vœu pieux, souhaitant que ces deux magnifiques opus ne soient que prolégomènes à d'autres œuvres d'intérêt public et à de nouvelles passerelles vers une mixité du genre et des idées. Arguant du fait que je travaille dans une librairie consacrée aux sciences humaines, mes co-gribouilleurs se montrent compréhensifs, à condition que je revienne vite vers des chemins plus festifs. On m'attend au tournant ; les réunions de rédaction sont quelque peu houleuses mais finissent bien.

 


Sixième et dernier article, les romans de Dennis Cooper. Menacé de mort par l'association Queer Nation, l'auteur américain déclenche raz-de-marée et tempêtes médiatiques à chaque nouvelle parution. Même le milieu gay (bien pensant, ça existe) le voue aux gémonies sans hésitation. Pédophilie, viol, snuff movies et fist fucking sur fond de culture post punk, le sexe est abordé sous toutes ses formes, y compris les plus abjectes. Les adolescents sont soumis à la violence adulte et ne se défendent pas des atrocités subies. La libido est synonyme de confusion, voire de mort. Pourquoi une telle violence ? Dennis Cooper ne recule devant aucun tabou, jusqu'à montrer l'homme dans ses retranchements les plus saisissants. Totalement impopulaires, les romans de Cooper nous parlent pourtant du désir homosexuel à l'adolescence dans ce qu'il a de plus monstrueux face au puritanisme des familles, et aussi de la culpabilité, du fantasme et de toute cette confusion qui mal digérée peut mener à l'irrémédiable. Larry Clark a abordé le sujet dans Ken Park, Gus Van Sant dans Elephant, mais Cooper va plus loin, et l'absence d'images donne au lecteur la possibilité d'être acteur de ce qui se dit, jusqu'aux entrailles de la conscience.

 


Le fanzine est au bord de la censure. Par le plus heureux des hasards, c'est le moment que l'Agrume choisit pour abandonner son pseudo et s'envoler vers la capitale, dans l'espoir d'y trouver jolis feuillets où épancher ses coups de cœurs arc-en-ciel et surtout un public un peu plus demandeur, avec qui partager cette culture qui l'agite depuis toujours et qui ne fait pas que des adeptes.

Aujourd'hui, je suis libraire dans une grande enseigne de « produits culturels » (il faudra qu'on m'explique un jour ce que signifie cette formule antagoniste tout droit sortie des écoles de commerce), et croyez-moi, même très très passionnée, il y a des jours où les bras m'en tombent. « Vos livres, ils sont classés par lettres recommandées ? », « Vous avez Boule de Snif ? », « Vous êtes une caisse ? Non ? Et vous servez à quoi ? », « Comment ? Vous n'avez pas lu le dernier Marc Levy ? Musso non plus ? Et vous êtes libraire ? », etc. Alors soit les clients (parce qu'à ce niveau-là, on ne peut décemment pas les appeler des lecteurs) sont définitivement perdus dans les limbes de la bêtise, soit je suis devenue complètement snob. Après 15 ans de métier, allez savoir... Ai-je besoin de préciser que toutes ces petites scènes se passent en banlieue ? Oui, au risque de tomber dans les lieux communs de la gâchette facile, cela a son importance pour ce qui va suivre.

Dans la librairie où je travaille, il n'y a pas de rayon gay et lesbien. Un jour, peu de temps après mes débuts par ici, une charmante jeune femme me demande si j'ai dans mes rayons des bandes dessinées « pour les filles ». Heureusement, voilà dix minutes que je l'observe vaguement tout en gérant mille et une choses, avec cette question qui me chatouille les yeux : Va-t-elle demander ? Va-t-elle oser ? Ce genre de rayon n'est pas systématique même dans ce qu'on appelle communément une bonne librairie. Les lecteurs concernés se rendent le plus souvent dans les enseignes spécialisées, bien trop rares à Paris et totalement inexistantes en province. La concentration de librairies gay et lesbienne dans une ville est à peu près proportionnelle à celle de ses bars du même acabit. Il ne reste plus qu'à nos ami(e)s les dessous de table ou autres placards (!) à livres disséminés ici ou là, à peine visibles. Ou à espérer tomber sur un(e) libraire « de la famille ». Ma cliente, la petite trentaine, a ce style gentiment androgyne et le regard qu'elle me lance est suffisamment explicite, mi timide mi frontal – bref très féminin–, pour que je n'ai plus aucun doute sur la nature de la littérature recherchée. Je lui demande alors sans détours : « Pour les filles qui aiment les filles ? » Oui. Elle rougit légèrement et je me dis que le plus difficile est passé. Quelques coups de cœur plus tard (littéraires les coups de cœur, précisons...), et la voilà repartie avec sous son bras quelques moments de lecture qui j'espère combleront ses attentes. Espérance confirmée, elle reviendra un mois plus tard pour acheter les mêmes livres à offrir. Je repense alors avec amertume à ces articles perdus, perdus pour les gens qui les ont lus, perdus pour les auteurs qui y sont cités.

La question, ou plutôt la ritournelle, se pose de savoir s’il s'agit d'aller chercher le public ou d'attendre qu'il vienne à soi. Trouvant la question pertinente en tant qu'« agitateur culturel », je décide d'en parler à ma responsable, sur la pointe des pieds quand même.

— Dis-moi, D., j'aimerais bien créer un rayon gay et lesbien, qu'en penses-tu ?

— Pour quoi faire ? Pfff, on n’a pas le public et on ne l'aura jamais, on n’est pas à Paris ma chérie, laisse tomber.

Bon. Ce sera donc toujours dans l'ombre, et sous le gilet, que je conseillerai du Dennis Cooper, Le Choix de Juliette ou Colm Toibin. Heureusement, il y a les Chroniques de San Francisco pour mettre tout le monde d'accord (sic).

 


À moins que...

Samedi 9 heures, devant un public disséminé et armé de quelques croissants à tremper dans un café douteux, nous sommes quatre libraires à batailler pour obtenir toute l'attention de nos futurs acheteurs... J'ai en main les trois romans dont je vais parler, ne sachant pas par lequel commencer, réalisant avec stupeur qu'il s'agit de trois histoires mettant en scène des gouines et des pédés. Je voudrais disparaître sous la table du petit-déjeuner, non pas que je n'assume pas vis-à-vis du public, mais ce sont plutôt mes collègues... Déjà que le jour où a été émise l'idée de cette rencontre, je me suis tiré une balle dans le pied, là il ne va plus me rester grand chose.

En effet, le « vous proposerez des ouvrages sur un thème léger, des lectures d'été » ne m'inspirant pas, je me suis amusée à extraire le moins pire du rayon littérature érotique et à en faire une sélection quelque peu salée. Comme lectures de vacances, ça me semblait pas mal. Forte de cette initiative, je la soumets à la direction.

— Mais pourquoi tu veux absolument te mettre à poil ? C'est bon, tout le monde te connaît (!?), tu peux pas faire un truc plus classique ? Et il y aura des enfants...

Mon collègue présente bien un livre sur les prouts célèbres, mais moi je ne peux parler qu’adulte aux adultes. Franchement vexée, mais sans chercher à comprendre, je baisse les bras pour l'originalité et décide de parler des trois derniers romans que j'ai lu et aimé, lecture estivale ou non. Étrangement, je note que tous trois sont publiés par les éditions de l'Olivier, traduits de l'américain, mais c'est tout.

9 h 35, après les prouts et Jean Teulé, c'est à moi. Je commence par Je suis très à cheval sur les principes de David Sedaris, pédé parmi les pédés et qui raconte comment son compagnon de toujours lui perce un furoncle sur le cul avec amour. Je m'en sors pas trop mal, l'auteur aux multiples facettes recelant un véritable talent de comédie, le public semble conquis. Susanna Moore maintenant, Adieu, ma grande, ou de l'univers carcéral au féminin. La violence imposée ou subie par les femmes sous le regard mi horrifié mi fasciné du personnel pénitentiaire, et j'en passe sur les multiples relations sexuelles entre détenues, qu'elles soient consenties ou non. Mon lectorat est toujours là, l'œil vif du week-end qui commence. Enchaînons. Andrew Sean Greer, L'Histoire d'un mariage, peut-être le plus évident des trois. Encore qu'il s'agisse tout de même d'une histoire de triolisme amoureux dans le  San Francisco des années 50, bien avant les susnommées Chroniques et les événements de Stonewall. Une femme trompée par son époux et l'amant de ce dernier revenant chercher son dû. Ségrégation raciale, descente de flics dans les bars homos, tout y est, et mon public suit toujours. Et je vends les trois romans. Mais à aucun moment je n'ai prononcé le mot « gay » ou « lesbien »... Ni « cul » ni « chatte ».

 


Et moi, chers ami(e)s, je me suis mise à poil, bien plus franchement que dans ma première idée. Sans perte ni fracas. Première petite victoire, j'ai enlevé le haut… le reste au prochain épisode.

Jeudi 9 juillet 2009

 

 

En 2008, le fisc a rendu 578 millions d’euros à près de 19000 contribuables. Ces données proviennent du rapport annuel du député UMP G. Carrez consacré à l’application de la « loi fiscale » et en particulier du bouclier fiscal.

Adopté en 2007 par les députés UMP, ce dispositif consiste à plafonner le total des impôts, payés (inclus l’impôt de solidarité sur la fortune et les prélèvements sociaux CSG, RDS) à 50% de l’ensemble des revenus déclarés.

Depuis, ce bouclier a été renforcé. De ce fait, la facture pour le budget de l’état s’est alourdie. En 2007, le bouclier a couté 246 millions d’euros. En 2008, 18893 foyers ont reçu un chèque des impôts pour un montant total de 578 millions d’euros.

Le gros du pactole est allé aux grandes fortunes. Cent contribuables ont touché le tiers du montant du bouclier fiscal. Le rapport lui-même constate que les plus gros bénéficiaires sont essentiellement les contribuables qui se situent dans les tranches supérieures de l’impôt sur les grandes fortunes.

Contrairement à ce que nous  disaient les parlementaires UMP, à savoir que l’objectif du bouclier fiscal était de protéger les revenus du travail… la démonstration est faite que le bouclier fiscal protège les grandes fortunes.

 

Daniel Picq

 7.8.9 Août

 ///  LE CHIEN A PLUMES  ///

LAC DE VILLEGUSIEN - LANGRES - 52

J - 30 !!  Quelques PASS 3 jours remis en vente ...

// 7 Août  //

 

ASIAN DUB FOUNDATION www.myspace.com/asiandubfoundationuk
BUENA VISTA SOCIAL CLUB
www.myspace.com/buenavistasocialclube

SHAKAPONK www.myspace.com/shakaponk
FUMUJ
www.myspace.com/fumuj

MANIACX www.myspace.com/maniacx
THE BEWITCHED HANDS ON THE TOP OF YOUR HEADS
www.myspace.com/handsbewitched

RAJ www.myspace.com/youaregonnaloveraj
CHAPELIER FOU www.myspace.com/chapelierfou

TREMPLIN

 
// 08 Aout  //


BUBBLE BEATZ  
www.myspace.com/bubblebeatz
PUPPETMASTAZ www.myspace.com/puppetmastaz

LES WAMPAS www.myspace.com/wampas
ANAIS www.myspace.com/anaisinyourface
BABYLON CIRCUS www.myspace.com/babyloncircus

THE INSPECTOR CLUZO www.myspace.com/theinspectorcluzo

DALLAS KINCAID www.myspace.com/dallaskincaid
BEN BOP
www.myspace.com/benbop
LYRE LE TEMPS www.myspace.com/lyreletemps

TREMPLIN

// 09 Aout  //


YVES JAMAIT
www.myspace.com/jamait
HIGH TONE
www.hightone.org
LES FATALS PICARDS
www.myspace.com/fatalspicards

THE SKATALITES www.myspace.com/foundationska
THE CRAFTMEN CLUB
www.myspace.com/thecraftmenclub
NO MAD? 
www.myspace.com/nomadklezmer
LES GARCONS TROTTOIRS
www.myspace.com/lesgarconstrottoirs

TREMPLIN

+ LE RING' O STAR + LA VILAINE FANFARE + des surprises ....


 

 Reseau FNAC, CARREFOUR, GEANT par tél : 08 92 68 36 22 (0.34€/mn), www.fnac.com, www.infoconcert.com

Reseau Ticketnet : E LECLERC, CORA, AUCHAN, VIRGIN MEGASTORE, CULTURA, LE PROGRES, LE BIEN PUBLIC

Les tarifs :

1 jour : 27 € / 22 € réduit en prévente (+ frais de location) - 32 € / 27€ réduit sur place

Forfait 3 jours : 57 € en prévente (+ frais de location) - 62 € sur place.

INFOLINE : 03 25 88 78 82 // www.chienaplumes.fr // www.myspace.com/chienaplumes

Et le covoiturage pour y aller, vous y avez pensé ?

 

Par Barbara Moreau.   Venez donc lui dire que son papa doit la quitter, pour toujours peut-être, parce qu’il n’a pas de papiers français.

Venez donc lui expliquer qu’il ne sera pas là pour prendre soin d’elle.

Suite : http://yonne.lautre.net/spip.php?article2616#forum29268

Rappel : venez exprimer votre écoeurement demain, jeudi 9 juillet, à 15H30. Yonne Républicaine. Rue du temple. 


Barbara Moreau, pour le comité de vigilance 89.

Par philippe dit phiou - Publié dans : a lire
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Vendredi 10 juillet 2009

Le préservatif, «meilleur ami de l'homme»!

Par Rédaction jeudi 09 juillet 2009, à 10h20 | 1459 vues

La nouvelle campagne de la mairie de Paris pour promouvoir l'usage du préservatif joue sur le registre de l'humour avec des visuels dessinés. Les voici en avant-première.

 

 

Il faut dé-dra-ma-tiser! C'est ce que s'est dit la mairie de Paris en organisant comme chaque année depuis 2001, une campagne de prévention du sida afin de sensibiliser les Parisiens (et ceux qui les aiment...) à l'usage du préservatif.

Les deux visuels retenus, que TÊTU vous présente ci-contre en avant-première, ont été réalisés par Sofia Proisylesnik, étudiante qui a remporté un concours destiné aux jeunes graphistes de l'École Professionnelle Supérieure d'Arts graphiques et d'Architecture de la Ville de Paris, sur lequel 30 étudiants en deuxième année ont travaillé pendant plusieurs semaines. Ils avaient présenté leurs travaux sur le stand de la Mairie de Paris à Solidays en juin dernier.

Petite nouveauté: l'existence du préservatif féminin est rappelée en bas des visuels, à côté des coordonnées de Sida info service. Tout le monde doit se sentir concerné par la prévention!

Paris toujours très touché
La campagne sera affichée dans les rues de la capitale à partir du 15 juillet sur près d'un millier de panneaux, durant tout l'été.

Paris et l'Ile de France restent, depuis 25 ans, les zones les plus contaminées en France métropolitaine par le virus du sida. Sont toujours concernés principalement les jeunes générations (15/25 ans), les gays et bisexuels masculins, les femmes hétérosexuelles (plus nombreuses parmi les nouveaux cas de contamination) et les personnes «lassées» par presque trois décennies de promotion du préservatif, en particulier les 35/50 ans, rappelle, dans un communiqué à paraître cet après-midi, la mairie de la capitale.

 

 

USA: dernière étape avant l'admission des voyageurs séropositifs

Par Rédaction jeudi 09 juillet 2009, à 12h55 | 731 vues
Plus de: hiv, États-Unis

L'interdiction opposée aux porteurs du VIH de circuler aux Etats-Unis est en passe d'être levée.

 

Attendue depuis plus d'un an, ainsi que son son vote par le Congrès, l'interdiction de circuler aux Etats-Unis pour les voyageurs séropositifs est en passe d'être définitivement levée par le Department of Health and Human Services (HHS), soit l'équivalent du Ministère de la Santé. Le HHS a en effet publié au registre fédéral, le 2 juillet, de nouvelles règles permettant aux étrangers vivant avec le VIH d'entrer aux Etats-Unis, ce qui constitue l'étape finale de l'abrogation de cette disposition discriminatoire en vigueur depuis 1987.

A l'automne au plus tôt
Cette publication officielle émanant du HHS retire le sida de la liste rendant inéligible à une autorisation à voyager dans le pays. Mais pour le moment, les visiteurs séropositifs se voient toujours refuser l'entrée aux Etats-Unis sur la base de leur infection, à l'instar de ce qui se passe en Irak, en Arabie Saoudite, en Lybie et au Soudan. Car ce n'est que dans 45 jours, après un premier délai légal ouvrant cette règle au «commentaire public», qu'elle devra être validée budgétairement, avant d'être effective sous un nouveau délai allant de 30 à 60 jours. Ce qui devrait mener à une entrée en vigueur de la fin de cette interdiction au plus tôt à cet automne. 

 

Par philippe dit phiou - Publié dans : a lire
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