«Ce couple de lesbiennes est ainsi doublement victimes», estime SOS Homophobie, «harcelées, agressées et obligées de quitter leur logement et leur quartier puisque les jeunes agresseurs, eux,
peuvent y revenir avec un sentiment d'impunité». `
Une violence qui dépasse le harcèlement, ce jeudi, lorsque l'une des femmes, excédée, demande aux jeunes de s'arrêter et reçoit en retour un coup de poing sur la tempe. Sa compagne, qui tentait
de s'interposer, est aussi frappée. Bilan: quatre jours d'incapacité totale de travail pour chacune, et la décision de quitter définitivement leur appartement. «On ne peut pas retourner là-bas,
ils vont continuer à s'en prendre à nous» explique le couple au Parisien. Elles sont actuellement hébergées chez des amis.
Au final, l'association demande «que la justice protège les victimes et appelle les plus hautes autorités de l'Etat à réaffirmer les valeurs laïques de la République partout sur le territoire
et à ne plus tolérer les discours discriminants et intolérants de beaucoup d'autorités religieuses».
Le rapport annuel 2009 de SOS homophobie fait état d'une hausse
des agressions physiques contre les lesbiennes qui passaient de 6% des témoignages en 2007 à 15% en 2008.
Association loi 1901 de lutte contre l'homophobie créée le 11 avril 1994
c/o Centre LGBT Paris IDF - 63 rue Beaubourg - 75003 Paris
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Communiqué de presse
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Nouvelle agression de lesbiennes parce que l’homosexualité est un pêché …
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Une nouvelle fois, un couple de lesbiennes a été agressé. Le rapport annuel 2009 de SOS homophobie constatait déjà une hausse des agressions physiques contre les lesbiennes qui
passaient de 6% des témoignages en 2007 à 15% en 2008.
Cette nouvelle agression s'est déroulée à Epinay-sous-Sénart dans la cité des Gerbaux dans l’Essonne jeudi 2 juillet. Dès leur installation dans la cité en janvier, plusieurs jeunes
leur avait indiqué qu’ils feraient partir « ces gouines » parce que « l’homosexualité c’est pêché ! ».
Après des mois d’insultes, de menaces, de harcèlement quotidien, quatre jeunes dont trois mineurs s’en sont donc pris physiquement à ce qu’ils considèrent comme des pécheresses !
Les quatre individus ont été arrêtés suite à cette agression mais ont continué à insulter les victimes à la sortie du commissariat et ont été immédiatement remis en liberté par la
justice. Ce couple de lesbiennes est ainsi doublement victimes : harcelé, agressé et obligé de quitter leur logement et leur quartier puisque les jeunes agresseurs, eux, peuvent y
revenir avec un sentiment d'impunité.
Nicolas Sarkozy avait pourtant, parmi ses nombreuses promesses, affirmé qu’il remettrait les valeurs de la République au sein des cités. Pourtant, force est de constater une fois
encore que ce sont des jeunes, imbibés de discours religieux sexistes, machistes et homophobes, qui font la loi dans certains quartiers.
Où sont les valeurs laïques de la République ? Les discours et les pratiques religieuses intolérantes se développent à une vitesse inquiétante dans certaines banlieues. De multiples
lieux de cultes divers et variés se développent dans l’indifférence des autorités, épandant un terreau d’intolérance et de haine notamment vis à vis des femmes et des
homosexuel-le-s.
SOS homophobie demande que la justice protège les victimes et appelle les plus hautes autorités de l’Etat à réaffirmer les valeurs laïques de la République partout sur le territoire
et à ne plus tolérer les discours discriminants et intolérants de beaucoup d'autorités religieuses.
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Communiqué de presse
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Nouvelle agression de lesbiennes parce que l’homosexualité est un pêché …
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Une nouvelle fois, un couple de lesbiennes a été agressé. Le rapport annuel 2009 de SOS homophobie constatait déjà une hausse des agressions physiques contre les lesbiennes qui passaient de
6% des témoignages en 2007 à 15% en 2008.
Cette nouvelle agression s'est déroulée à Epinay-sous-Sénart dans la cité des Gerbaux dans l’Essonne jeudi 2 juillet. Dès leur installation dans la cité en janvier, plusieurs jeunes leur
avait indiqué qu’ils feraient partir « ces gouines » parce que « l’homosexualité c’est pêché ! ».
Après des mois d’insultes, de menaces, de harcèlement quotidien, quatre jeunes dont trois mineurs s’en sont donc pris physiquement à ce qu’ils considèrent comme des pécheresses !
Les quatre individus ont été arrêtés suite à cette agression mais ont continué à insulter les victimes à la sortie du commissariat et ont été immédiatement remis en liberté par la justice.
Ce couple de lesbiennes est ainsi doublement victimes : harcelé, agressé et obligé de quitter leur logement et leur quartier puisque les jeunes agresseurs, eux, peuvent y revenir avec un
sentiment d'impunité.
Nicolas Sarkozy avait pourtant, parmi ses nombreuses promesses, affirmé qu’il remettrait les valeurs de la République au sein des cités. Pourtant, force est de constater une fois encore que
ce sont des jeunes, imbibés de discours religieux sexistes, machistes et homophobes, qui font la loi dans certains quartiers.
Où sont les valeurs laïques de la République ? Les discours et les pratiques religieuses intolérantes se développent à une vitesse inquiétante dans certaines banlieues. De multiples lieux
de cultes divers et variés se développent dans l’indifférence des autorités, épandant un terreau d’intolérance et de haine notamment vis à vis des femmes et des homosexuel-le-s.
SOS homophobie demande que la justice protège les victimes et appelle les plus hautes autorités de l’Etat à réaffirmer les valeurs laïques de la République partout sur le territoire et à ne
plus tolérer les discours discriminants et intolérants de beaucoup d'autorités religieuses.
Le Père Docu s'appelle Gérard Coudougnan, il est né en 1962 et a pour qualification
« enseignant-documentaliste », vous savez la dame qui râle au C.D.I. (centre de documentation et d'information) : c'est lui. Pour des raisons indépendantes de sa volonté, il est en
ce moment éloigné de son lieu de travail habituel mais a toujours un C.D.I. (contrat à durée indéterminée) avec les bouquins pour qui il a une vraie A.L.D. (affection de longue
durée).
Au hasard de ses lectures, il a croisé Marc-Jean Filaire puis Môssieur Daniel C. Hall (« The
Boss ») qui lui a proposé de regrouper ici quelques « recensions » d'ouvrages à thématique LGBT.
Toute remarque, toute suggestion sera la bienvenue. Les avis, sous forme de commentaires, pour échanger des
points de vue encore plus !
La bibliothèque rose est ouverte… vous avez lu Le Club des Cinq d'Enid Blyton ? Claude, le
« garçon manqué » est peut-être alors votre première rencontre avec une petite lesbienne ou une future transgenre ? Ah bon, vous n'avez pas connu les Bibliothèques Rose et Verte ?
Qu'importe, entrez (couverts !) ici et faites ce que vous voulez entre les rayons, ne soyez pas sages ...
Patrick BUISSON, 1940-1945 Années érotiques : tome 2 : De la Grande
Prostituée à la revanche des mâles, Albin Michel, 2009, 521 p., photos, notes & index.
Après un premier tome sous-titré Vichy ou les infortunes de la vertu, Patrick Buisson, historien et
citoyen « hors normes » poursuit son analyse des années noires avec pour fil conducteur la libido comme clef du comportement sous l'Occupation d'une France femelle en adoration
devant la virilité des vainqueurs
Entre la collaboration horizontale et la chancelante verticalité du mâle français, c'est un roman des
définitions d'une grille internationale de maux croisés qu'offre le « conseiller en transgression » de Nicolas Sarkozy dans sa dernière publication.
Les pulsions sexuelles sont toujours au centre de ce scénario des années 1940-1945. Les acteurs principaux
sont de nationalité française, leurs différents statuts face aux « seconds rôles » allemands puis américains et anglais sont décrits et analysés avec la minutie de l'historien qui
introduit ça et là des acteurs et actrices professionnels d'un cinéma utilisé comme instrument de propagande.
Avec de bonnes études des milieux homosexuels, ce pavé de plus de 500 pages se dévore comme une mine
d'informations offertes sous un angle nouveau, érudit, ouvert et peu enclin à la facilité patriotique ou aux jugements à l'emporte-pièce machiste dont le lecteur du début du XXIe siècle se
découvre bien malgré lui l'héritier.
Le vert de gris est la couleur dominante mais pas exclusive d'un livre propre à titiller les neurones des
amateurs de Toiles Roses.
La France occupée par les armées allemandes est un pays privé d'hommes : comment résister aux charmes de la
virilité triomphante de l'ennemi ? Prostitution de trottoirs, de maisons closes ou relations mondaines des cénacles parisiens et provinciaux (Megève et Cannes en tête de liste) mais aussi
rencontres humaines et sentimentales, embochies assumées ou clandestines, naissances de fils de Boches (environ 200 000 ?), le tableau est riche, complexe et chatoyant d'obscénité,
d'intéressement et de sincérité. La Résistance et les Libérateurs vont s'inscrire dans une continuité machiste de contrôle du corps et de la volonté féminine dont les liens piteusement
masqués avec l'idéologie vichyssoise sont d'une évidence troublante.
Côté homo, ou plutôt « pédérastique », puisque la séparation des deux notions n'est vraiment pas
d'actualité, Buisson décrit en détails heurs et malheurs d'une « communauté » occupée et fascinée par de blonds athlètes dont les uniformes alimentent fantasmes et convoitises (p.
199 à 242), puis les illusions vite effondrées d'une Libération qui ne sera pas celle des mœurs (p.424 à 431) après le passage de beaux G.I.. On croise Roger Peyrefitte (1), Montherlant, Cocteau, Abel Bonnard, Brasillach et d'autres dont Daniel Guérin, qui semble être l'homosexuel le plus apprécié par Buisson (p 218-219). La
discussion, les disputes qui vont aboutir aux lois de 1942 réprimant, pour la première fois de façon officielle, l'homosexualité dans le « pays de Cambacérès » sont détaillées avec
un intéressant luxe de précisions.
Une personnalité hors du commun intrigue l'historien qui lui consacre un long portrait (p. 351 à 354) : Roger
Worms, plus connu sous le nom de Roger Stéphane, auteur du sublime roman Parce que c'était lui (2). Pierre Seel (3) n'est pas oublié : il est évident que le portrait que brosse Partick Buisson de Worms et de Seel n'est pas entièrement conforme avec le statut de
héros/victime que ces hommes ont acquis dans la culture de certains d'entre nous : devons-nous y voir la trace (pourtant ici très édulcorée) du passé d'extrême-droite de l'auteur ou notre
propre volonté d'avoir « nos » héros et « nos » victimes ?
L'historien fait son travail : il dérange, avec une solide argumentation (25 pages de notes en fin de volume)
et décape bien des représentations des héros, des salauds et des… salopes en tous genres.
Arletty fait l'objet d'une longue étude (p. 37 à 49) où sont abordés son rôle de marraine de troupes, ses
« gousseries », sa liaison avec un officier allemand, ses avortements, ses tournages de films et ses ennuis avec le public et la justice. D'autres acteurs, d'autres tournages sont
évoqués et présentés dans cette étonnante projection du film de cinq années de notre histoire dont nous avons déjà, depuis les bancs de l'école vu tant de versions édulcorées.
De l'histoire de la Révolution Française, nous avons des images de chariots vers la guillotine : c'est ce
genre de convoi que convoque l'auteur pour nous représenter les tontes de femmes ayant « fauté », les photographies de tels événements ayant été « censurées » après le
retour à l'ordre machiste et gauliste.
L'épilogue rapproche ces Années cruellement érotiques de celle chantée par Gainsbourg,
quand, après 1968, les baby-boomers tueront le père et qu'à côté d'un « jouir sans entraves » pansexualiste récupéré par le capitalisme bourgeois, « l'envie de pénis a
fait place à l'envie de pénal » (Philippe Murray, (4) cité p. 479).
(1) qui publie fin 1944 Les Amitiés Pariculières (livre
devenu introuvable avant sa réédition en 2005 par Textes Gais, http://www.textesgais.com/cat2008.pdf).
(2) Roger Stéphane, Parce que c'était lui, H&O, 2005,
124 p. avec une superbe préface d'Olivier Delorme et une lettre touchante de Jean le Bitoux.
(3) Pierre Seel, Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel,
Calman-Lévy, 1994, 198 p., rédigé avec Jean le Bitoux.
(4) http://www.philippe-muray.com/
Merci à Judith Ott, attachée de presse d'Albin Michel, pour son professionnalisme et sa confiance dans Les
Toiles Roses.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Sur l'auteur :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Buisson
Son rôle politique auprès de Nicolas Sarkozy :
http://www.lexpress.fr/actualite/politique/patrick-buisson-le-conseiller-en-transgression-de-sarkozy_575427.html
Extraits du livre :
http://livres.lexpress.fr/premierespages.asp/idC=14844/idTC=13/idR=6/idG=8
Extraits du tome 1 :
http://livres.lexpress.fr/premierespages.asp/idC=13804/idTC=13/idR=6/idG=8
POUR ALLER PLUS LOIN :
Sur l'interprétation du scénario du film Le plus beau pays du monde (Marcel Bluwal, 1998) évoqué p.
236
http://www.lestoilesroses.net/article-1078071.html
Et surtout
http://www.lestoilesroses.net/article-3791264.html
Sur Pierre Seel, qui a servi de source d'inspiration à certaines scènes du téléfilm Un amour à taire
(Christian Faure, 2005), voir les propos de l'historien Jean Le Bitoux (rencontré par P. Buisson le 14 novembre 2004 pour son livre, cf note 21, p. 491) dans le bonus du DVD et
surtout
http://www.lestoilesroses.net/article-4115163.html

Cécile, Transmutation, Nice, Editions Bénévent, 2009, 253
p.
Un témoignage brut de pomme... d'Adam ! C'est ce que nous offre Cécile Poivre dans le récit pétillant, épicé
et sans travestissement de sa Transmutation.
Dans une langue émaillée de parler nissart (Mefi ! Il y a un glossaire à la fin pour les
babatchous qui, malgré un contexte évident, inventeraient des cagades au lieu de se bouleguer un peu le teston !)
La secrétaire a écrit son histoire. Elle ne se prend pas pour une écrivaine : elle nous embarque simplement
avec sa gouaille, ses phrases généreuses en adjectifs et son franc-parler qui peut, en un jeu de mots, camoufler un drame sous une formule où l'ironie masque la douleur.
Le pitchoun est efféminé et au collège puis au lycée, les regards des camarades se doublent de mots
qui font plus mal que les coups de poing. Quand la violence devient physique, quand le viol n'est plus seulement verbal, la décision est prise : se travestir pour souffrir moins.
Et « la Cécile » tombe amoureuse : d'amants à la sincérité variable en proxénètes camouflés, c'est
toujours par amour ou suite à un chagrin d'amour que les situations s'accélèrent.
La prostitution ? Comment vivre autrement quand aux besoins de subsistance s'ajoutent ceux de la toxicomanie ?
Le tour d'horizon de sa clientèle est le reflet de la ville où elle travaille : petits puceaux, caïds, pères de familles mais aussi congressistes et vedettes de tel ou tel festival voisin :
il y a jazz à tous les étages à Juan les Pins quand on monte les marches à Cannes, pour aller froisser des toiles avec Cécile. L'orientation sexuelle de la clientèle fait rarement débat (à
une exception près, lorsqu'elle est évoquée comme « tromperie sur la marchandise » sur une scène de crime) : pour ces messieurs, Cécile est, avant son opération, une fille avec un
truc en plus… qui augmente souvent son attrait. Et son cœur fait d'elle une confidente, avec ou sans jeux de gambettes.
La drogue, les voyages en Thaïlande ou à New York sont des escales aux circonstances forcément peu
ordinaires…. mais changer en 2 le 1 du numéro de Sécurité Sociale est une vraie aventure : pour valider cette multiplication par deux, il faut passer sur le billard du chirurgien
(vaginoplastie) et sur le divan du psychiatre ! On a vu avec Axel Léotard que la division dudit préfixe par deux était une opération encore plus délicate (1).
Par amour, encore et toujours, Cécile se range et, après avoir réglé sa dette envers l'Etat proxénète, devient
secrétaire. C'est elle-même qui vous racontera la suite, avec cette faconde si naturelle, son énergie vitale incroyable face aux embûches, sa force de rebond après un échec qui n'est jamais
définitif.
Ce livre est déjà un succès : une édition de qualité, une belle mise en pages et au bilan carbone très
satisfaisant, Bénévent étant une maison d'édition à compte d'auteur niçoise !!!
Dans un contexte où la « transphobie » est au centre des prochaines marches des fiertés, au moment
où d'importantes avancées juridiques sont enregistrées, Transmutation est le témoignage idéal pour se faire une idée du vécu de ces personnes en quête de genre qui ont, comme Cécile
une vraie identité où la volonté et le courage sont des instruments mieux affutés que les scalpels.
(1) cf Axel Léotard, Mauvais genre : http://www.lestoilesroses.net/article-30742717.html
POUR EN SAVOIR PLUS
:
Le blog de l'auteure :
http://ceciledenice.unblog.fr/
Une interview par GayPodcast :
http://www.dailymotion.com/video/x976v0_lectures-gaies-entretien-avec-cecil_creation
Le site de l'éditeur :
http://www.editions-benevent.com/presse/9782756309941_885.pdf
Le transsexualisme : textes juridiques :
http://www-iej.u-strasbg.fr/LE%20TRANSSEXUALISME.htm
Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni, Le Cinéma français et
l’homosexualité, Danger Public, 2009, 330 p.
Le Père Docu n'est pas un cinéphile assidu. C'est donc la recension d'un « lecteur lambda » que je
vous propose, à côté des analyses hautement érudites que mes collègues feront du livre d'Anne Delabre et Didier Roth-Bettoni, Le Cinéma français et l'homosexualité.
Lecteur lambda ? Justement : la onzième lettre de l'alphabet grec est un symbole gay depuis les années 70 dans
plusieurs pays francophones (1). J'ai donc, comme pas mal d'hommes de ma génération été à l'affût d'informations, de modèles, de réponses
concernant une orientation sexuelle non conforme aux modèles dominant la fiction littéraire ou cinématographique. Et quand un film me semblait avoir une « ouverture » je le
regardais à le télévision ou j'allais le voir en salle.
Lire ces « Toiles bleu-blanc-rose » a été une agréable et instructive plongée dans cette quête de
figures auxquelles les copains du lycée collaient une étiquette de pédés ou de gouines souvent douloureuse.
L'introduction est peut-être un peu trop courte ou n'annonçant pas assez clairement ce qui va être développé
et l'on se retrouve facilement un peu égaré dans le premier chapitre, Bon sang, mais je suis homo !
Il faut prendre ses marques, suivre tranquillement, malgré les jalons manquants, cette entrée en matière qui
va très rapidement familiariser le lecteur avec un texte qu'il aura du mal à abandonner.
Chacun des douze chapitres est construit autour d'un thème que viennent illustrer films de cinéma, articles de
presse, interviews de metteurs en scène et d'acteurs mais aussi de militants LGBT dans une organisation à la lecture facile, dans une langue à la fois relevée et complice quand il s'agit
d'appeler un chat un chat.
Sans pitié pour les nanars comiques et autres pécasseries des années 70, les auteurs posent des questions
élémentaires accessibles à celui qui se les est posées face à ces follasses, ces camionneuses, ces martyrs, ces victimes, ces malades, ces personnes « comme les autres ».
Une auteure, un auteur (2) : est-ce cette formule si élémentaire
qui permet à cet ouvrage un équilibre gays/lesbiennes rarement atteint ? Il est à souligner que la domination masculine habituelle dans le monde homosexuel est ici vaincue : sans compter le
nombre de pages dédiées à chacun des genres (sans oublier bi et trans !), il semble que les lesbiennes aient enfin autant de place que les gays.
Cinéma, télévision, films disponibles seulement en vidéo ou DVD, sans prétendre à l'exhaustivité, il semble
que l'on fait un tour d'horizon très représentatif... quel étonnement par exemple de voir cité Nationale 7 film tourné dans un « monde à part » (3) où l'un des personnages secondaires est gay !
Je laisse les spécialistes zoomer sur tel ou tel angle d'approche, sur les orientations militantes et les
objectifs, le profane referme le livre comme on relève le siège de son fauteuil de cinéma après un bon moment qui a mêlé flashes-back et nouveautés, culture, plaisir et réflexion.
(1) Suisse romande http://www.lambda-education.ch/content/menus/doc/etude.html, Québec : http://www.et-alors.net/articles/303
(2) Anne Delabre, journaliste est l'auteur de Paris
gayment, Parigramme, 2005 et de Clémentine Autain : Portrait, Danger Public, 2006
Didier Roth-Bettoni a été rédacteur en chef du Mensuel du cinéma et de La Saison
cinématographique. Il a dirigé les magazines gays ExAequo et Illico. Il collabore actuellement à Première, Les Toiles roses, L'avant-scène cinéma et
est l'auteur de plusieurs livres dont L'homosexualité aujourd'hui, Milan, 2009, prochainement recensé dans cette rubrique
(3) Nationale 7, France, Jean-Pierre Sinapi, 1999
http://www.yanous.com/Nationale7/index.html
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site de l'éditeur :
http://www.dangerpublic.fr/livre/cin%E9ma%20fran%E7ais%20et%20l'homosexualit%E9/9782351231692
Une anecdote personnelle : lors de sa projection au Centre Culturel Français du Caire (République Arabe
d'Egypte), Coup de foudre fut, comme tout film diffusé au public, apporté au service de la censure. Après la pesée au gramme près des bobines (procédé habituel destiné à vérifier,
après censure et découpage éventuels que les extraits « licencieux » ne se sont pas volatilisés) et visionnage du film, les censeurs, parmi lesquels messieurs barbus et dames
voilées ont émis des réserves. Le jeune coopérant français s'est immédiatement empressé de justifier ce qui est souligné dans le livre p. 179 rien n'est explicité de l'homosexualité
qui lie Léna et Madeleine. Effectivement ce n'était pas cela qui posait problème... ce qui gênait vraiment, c'est que la belle et sympathique Léna était juive et... sympathique, que l'on
pouvait même la prendre en affection dans le camp de concentration de Rivesaltes où commence le film. Racisme, homophobie, antisémitisme...

Catherine de Garaté, Chemin de quoi, Thélès, 2008, 166
p.
Drôle de dame, drôles de drames. Un style qui émoustille, titille, un récit qui énerve ou qui ravit : un défi
!
Mais à quoi ça rime ? Un roman qui met la prose en bouts rimés, qui ose les amants aux mœurs brimés avec
humour. Une file de personnages reliés par l'amour ou le hasard. Et où lesbiennes et homos sortent du placard : on les suit avançant en âge au fil du monde qui s'égare. On s'enfile, on file,
on défile, plutôt en ville.
Girafon, Cigalon et Carafon côté garçons, Marlène, Armelle et Isabelle côté femelles : les destins
s'entrecroisent, des festins où l'on dégoise aux matins où l'on angoisse.
L'auteure remet nos pendules à l'heure : éditée à compte d'auteure, elle ne va sans doute pas faire son
beurre. Qu'importe ? Elle nous emporte sur son chemin. Chemin de quoi ? De vies aux abois, d'amours hors la loi, où les portes des cœurs n'ouvrent pas sur le bonheur à chaque fois.
Verbicruciste à Lesbia Magazine, elle travaille chaque phrase comme à l'usine. Tourneuse de mots,
fraiseuse de phrases, linguiste en embuscade, gay-teuse en bleu de chauffe, chimiste de l'allitération, chauffeuse de voûte palatine, cascadeuse de la rime. Auteur bénévole de BD, avec ou
sans folles ou pédés, dans le même canard, elle a l'art de narrer la vie dans et hors des placards.
Avec de tels instruments, pas de pitié pour le sentiment : l'objectif narratif reste distant. Grand angle sur
les gens et zooms sur les fragments intéressants. Du ras du sol au firmament, Catherine vise sang pour sang, dans un style toujours distant à la fois percutant et caressant. C'est au lecteur
de finir le labeur, elle suggère et moi je gère, selon l'humeur.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site de
l'éditeur,
Une critique dans Lesbia magazine, qui vous en dira un peu plus sur ce livre …
Le blog de Lesbia mag : http://www.myspace.com/lesbiamag
Gérard GLATT, L'Impasse Héloïse, roman suivi de Hôpital de
jour et de Lettre à Willy, Orizons, 2009.
Le dernier roman de Gérard Glatt répond plus ou moins aux règles du théâtre classique : le narrateur est
pourtant un auteur de pièces de théâtre à succès d'avant-garde.
Unité de temps : une très chaude journée de juillet entre sept heures du matin et minuit.
Unité de lieu : entre le XIème et le XXème arrondissement de Paris, c'est l'un des personnages principaux qui
donne son nom à l'endroit.
Unité d'action : que l'on se rassure, elle est beaucoup plus vague, plus fluctuante, plus librement
interprétée et les protagonistes vont confronter leurs solitudes avec des résultats variables, même si le premier mot du titre ne laisse guère d'illusions sur le résultat de ces
échanges.
Que l'on se parle, que l'on se touche, que l'on s'embrasse, que l'on « couche » à deux ou en
partouzes, en privé ou en public, dans un lit ou une backroom, ce roman est celui d'une difficulté de l'échange humain.
Lucide sans vouloir être ni pessimiste ni démonstratif, le dramaturge construit son récit comme une didascalie
argumentée qui rebondit d'acteur en acteur sans hésiter à faire des flashbacks sur les trois années précédant la « représentation ».
Avec pour dédicace « À toutes celles et ceux qui ne savent pas encore », cette
« dramatique d'impasse » est peut-être un coming out, aux antipodes de la comédie de boulevard. On y trouve en effet, autour de la vieille Héloïse, plusieurs garçons assumant leur
homosexualité de diverses manières finement suggérées plus que décrites ou analysées. C'est plus la difficulté de tout rapport à l'autre que son caractère homosexuel qui est au cœur des
échanges.
Un sérieux tour d'impasse-passe qui peut donner à chaque lecteur la curiosité d'évaluer ses relations avec son
entourage après d'une journée à la banalité forcément extraordinaire.
Les deux nouvelles ont la même qualité d'émotions : la gamme infinie du vécu d'une journée de combat contre un
fichu virus en Hôpital de jour et une mystérieuse Lettre à Willy.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le site de l'auteur :
http://www.gerard-glatt.net/
Sa biographie :
http://www.gerard-glatt.net/pages/Biographie-837093.html
Le site de l'éditeur :
http://www.editionsorizons.com/
Et celui de ses amis !
http://www.les-amis-d-orizons.com/
Fiche technique :
Avec : Jacques Nolot, Jean-Pol Dubois, Marc Rioufol, Bastien d'Asnières, Gaetano Weysen-Volli, Bruno Moneglia, David
Kessler, Rémy Le Fur, Jean Pommier, Lyes Rabia, Lionel Goldstein, Bernard Herlem, Claudine Sainderichin et Albert Mainella. Réalisation : Jacques Nolot. Scénario : Jacques Nolot. Images :
Josée Deshaies. Son : Jean-Pierre Laforce. Montage : Sophie Reine.
Durée : 108 mn. Disponible en VF.
Résumé :
Pierre (Jacques Nolot) aborde déglingué la soixantaine. Depuis vingt-quatre ans il est séropositif, mais voilà que son
médecin lui conseille de commencer une trithérapie. Il suppute qu’il va bientôt falloir payer l’addition de sa vie passée mouvementée. Esseulé depuis la perte de son amant, il a ritualisé
sa vie pour ne pas sombrer : une fellation, un café, l’addition, tel est le quotidien de Pierre. Prisonnier de son passé, il se nourrit d’huîtres en compagnie d’un vieil ami ex gigolo,
comme lui le fut, et ex taulard, comme lui ne le fut pas, un de ses nombreux regrets... Son autre grande nourriture est les psychotropes car il est dépressif, malgré les trois visites
hebdomadaires à son psychanalyste. Ses vieux amis l’ennuient, et comble du désespoir ses amours tarifés sadomasochistes ne le font plus jouir. Le suicide devient une éventualité...

L’avis de Bernard Alapetite :
Avant que j’oublie est le dernier
chapitre de la transposition filmée de sa vie par Jacques Nolot. Selon la chronologie de l’existence de son double cinématographique qu’il a souvent interprété ou en raison d’un décalage
chronologique fait jouer par un autre acteur, cette saga commence avec J’embrasse pas (1991), réalisé par Téchiné où l’on découvrait ce clone (?) de Nolot, âgé de seize
ans, fuyant son sud-ouest natal pour monter à Paris pour exercer la louable fonction de prostitué pour messieurs, tant par nécessité que par vocation. On le retrouvait dans La
Matiouette (1983), toujours réalisé par Téchiné, à partir de la pièce écrite par Nolot, où, acteur de second plan trentenaire, il rentrait au pays pour une confrontation avec son
frère, joué par Nolot à contre-emploi, qui avait repris le salon de coiffure familial. Puis dans L’Arrière-Pays (1998), premier long métrage tourné par Nolot, on
voyait le double de fiction de l’acteur-cinéaste, la cinquantaine, retourner dans son village natal pour enterrer sa mère et découvrir au passage quelques secrets de famille. Dans La
Chatte à deux têtes (2002), il explicitait, avec un peu de complaisance, mais toujours beaucoup de tendresse, sa sexualité faite de rencontres furtives dans un cinéma porno.
On peut mettre un peu à part Le Café des Jules (1998), adaptation d’un texte de Nolot par Paul Vecchiali dans lequel il ne joue pas tout à fait le même personnage. De même
que dans Manège (1986), son premier court métrage, qui se résume à un soir de drague. Donc le premier sentiment avec Avant que j’oublie est de recevoir des
nouvelles d’un ami que l’on regrettait d’avoir un peu perdu de vue...
Jacques Nolot admet que tous ses films suivent l'évolution d'un même personnage fictif, mais lui ressemblant beaucoup. Dans quelle mesure Jacques Nolot réécrit-il sa vie dans ses films ? La
lucidité qu’il porte aux épisodes les plus sombres de son existence semble lui servir de thérapie. Dans une très intéressante interview, il nous éclaire sur sa démarche : « C'est Pierre dans ce film, Jacky dans L'Arrière-pays, Pierrot dans La Chatte
à deux têtes. Mon écriture est un peu schizophrénique. Vous me racontez une histoire, je me l'approprie, je la fais mienne, je ne sais plus qui est qui, qui est moi, ce qui est vrai et
ce qui ne l'est pas. Je ne sais plus où est la réalité. C'est là qu'on peut parler d'autofiction. »
Il s’agit donc surtout d’une réinvention de soi, mais qui paradoxalement, dans cette vie éminemment romanesque, privilégie les moments de creux, de doute, de spleen. Instants mis en exergue
qui apparaissent en complète contradiction avec le caractère de l’auteur, animé d’un farouche appétit de vivre. L’intrigue est ténue ; on est plutôt en face d’une chronique du
quotidien ordinaire et trivial d’un homme extraordinaire.

Dans ce film presque uniquement peuplé d’hommes, la mort (comme toujours chez Nolot) est au centre de cette mise en scène à la fois élégante, distanciée mais profondément humaine, à
l’humour sous-jacent. Pour autant, Avant que j’oublie n’est jamais morbide, paradoxalement c’est un film optimiste tout en nous mettant brutalement face à la vieillesse et à la
maladie.
Les deux autres grands sujets du film sont le sexe et l’argent qui sont, dans l’esprit du réalisateur, intimement liés. Les personnes que fréquentent Pierre se répartissent entre d'anciens
gigolos devenus riches, souvent après avoir hérité de leur vieux protecteur, et de jeunes mecs dont les premiers, devenus des bourgeois installés, s'offrent à leur tour les services sexuels
contre de l’argent, une belle circulation néanmoins assez peu bressonienne (pourtant la diction blanche de Nolot n’est pas sans rappeler celle des « modèles » de Bresson)...
Quelle que soit la palette des sentiments, le commerce des corps est ici indissociable de celui de l'argent, ce qui se traduit par une série de dialogues géniaux où se mélangent crudité et
délicatesse mais où tout semble parasité par le fric.
Fait extrêmement rare au cinéma, Jacques Nolot filme frontalement le désir et la formulation du désir d’hommes d’âge mûr et même blets pour des jeunes hommes. Le cinéaste n’hésite pas à se
filmer frontalement sous toutes les coutures et même sans coutures puisqu’on le voit nu à plusieurs reprises, y compris dans l’acte sexuel. Devant ce corps maigre et mou à la fois, au
ventre ballonné, on peut méditer sur ce que deviennent les corps que l’on a désirés. J’avais déjà eu une pensée semblable en voyant les rééditions en dvd des premiers films de Cadinot. Il
m’est inconfortable (pourquoi ?) de penser que les acheteurs de ces films se branlent sur des morts... Il se trouve qu’un des acteurs d’une de ces productions fut un de mes amants de
passage et est mort du sida... On le voit, Avant que j’oublie, tout en remémoration à la fois nostalgique et malicieuse, devrait être propice aux confidences et à l’émergence des
souvenirs enfouis. Une raison de plus pour aller voir ce film et d’aller le voir accompagné...

Je voudrais rappeler ce qu’écrivait Gérard Lefort dans Libération qui en dit long sur la réception d’un tel film : « Un monsieur d'un certain âge reçoit un jeune gigolo
qui fait ce pour quoi il est payé : il encule son client. Et dans la salle de projection, c'est une rangée entière de lycéens qui se leva avec force protestations. À se demander ce que ces
braves jeunes gens ne supportent pas de regarder. Probablement pas la pornographie (par ailleurs totalement absente de cette scène crue mais ascétique) qu'ils consomment à tour de bras sur
Internet. Peut-être l'homosexualité, mais surtout, qui sait, puisque ce sont des garçons qui fuyaient tandis que leurs copines tenaient en place devant le film, l'image « scandaleuse » d'un
vieux avec un jeune, et plus certainement d'un vieux tout court qui prétend à une sexualité, quelle qu'elle soit. On se demande aussi ce que ces adolescents outrés pourront supporter de la
vie si dans une fiction, ils désertent ce réalisme tranquille. » Cette attitude est significative d’une jeunesse qui se réfugie dans le cinéma de distraction, le plus souvent
américain, pour mieux ne pas voir le quotidien qu’ils ont rarement le courage d’affronter.
Le style de Nolot est reconnaissable. Il privilégie, dans une lumière froide et clinique due à Josée Deshaies (qui a déjà signé celle par exemple du film Le Pornographe de
Bonello), les plans-séquences et les lents panotages et exclut les gros plans. Il y aurait encore sans doute plus de plans-séquences si le metteur en scène avait pu disposer d’un budget
plus confortable, mais le film a été tourné en 24 jours, avec pour tout subsides la seule avance sur recettes. La mise en scène est également très attentive au son dont le traitement n’est
pas sans rappeler celui que lui faisait subir Gérard Blain, cinéaste avec lequel Jacques Nolot a de nombreuses parentés stylistiques.

Le film est un antidote à la bêtise, cette propension à reconnaître plutôt qu’à rencontrer, telle que la définit une voix, celle du cinéaste Vincent Dieutre lisant un texte de Deleuze à la
radio (simili-France Culture) pendant que Pierre revient piteux et merdeux d’une virée de drague ratée.
Le réalisateur évite si possible d’employer des acteurs professionnels, ce qui n’est pas sans lui poser des problèmes : « Ça a été très compliqué, parce que je ne voulais aucun
acteur professionnel. Pour interpréter Marc, le premier gigolo, j'avais un vrai gigolo qui m'a posé un lapin au dernier moment. Mais comme j'avais prévu le coup, un jeune comédien, Bastien
d'Asnières, que j'avais gardé en stand-by, est venu répéter à minuit la veille du tournage. Il s'est passé à peu près la même chose avec les autres rôles. Le problème, c'est que je suis
tellement prisonnier des personnes dont je me suis inspiré que je ne peux jamais trouver un acteur à la hauteur du modèle. Même si, au final, je suis très content d'eux (rires) ! De toute
façon, il n'y a pas de mauvais acteurs, il n'y a que de mauvais metteurs en scène. » David Kessler, patron de France Culture, ancien directeur du CNC, est impayable (si je puis
dire) en psy lacanien. Ses déclarations nous éclairent beaucoup sur la manière de travailler du cinéaste : « Je ne connaissais pas bien Jacques Nolot. À la terrasse du café
Beaubourg à Paris, il m’a apostrophé un jour en me disant : “Vous ressemblez au psychanalyste que je cherche pour mon prochain film.” N’ayant jamais joué, je ne pouvais être qu’un mauvais
comédien, mais cela m’amusait, d’autant plus que cela ne devait durer qu’une journée de tournage... J’ai appris mes répliques, bafouillé un peu, j’ai rejoué sept ou huit fois la scène.
Jacques Nolot me laissait faire, me donnait des conseils, notamment pour placer ma voix, ou jouer avec un rideau en regardant une fenêtre. »

De l’aveu même du réalisateur, Avant que j’oublie est un film à clefs. Il n’est pas difficile de reconnaître Téchiné dans l’ami que visite Pierre et qui lui dit que ce qu’il peut
arriver de mieux à leur âge c’est l’argent. Je ne suis pas sûr que Téchiné sera enchanté de ces scènes qui devraient bien faire rire le microcosme parisien du cinéma (l’acteur qui
interprète le cinéaste est physiquement très proche de son modèle... en moins moche ; il faut dire que le directeur de casting du film est Jacques Grant qui remplit habituellement cette
fonction chez... Téchiné).
Le film s’ouvre et se clôt par deux séquences que l’on peut qualifier de conceptuelles. Il commence dans un silence total. Sur l’écran blanc, un point noir lentement grossit jusqu’à dévorer
le blanc de la toile pour permettre au titre, dans une obsolète typo machine à écrire, de s’inscrire en blanc sur noir.
Je voudrais rebondir sur deux mots : obsolète et machine à écrire. Très significative est la représentation de Nolot écrivain par Nolot cinéaste sur les rapports que Nolot entretient avec
l’activité d’écriture et la modernité. Pierre est un écrivain. On le voit à l’œuvre, écrire difficilement à la main, pas d’ordinateur dans son appartement dont la géographie semble
fluctuante, ni même de machine à écrire. Le projet littéraire de Pierre n’est jamais exposé mais il faut dire que les ellipses, comme on le voit, très stimulantes pour le spectateur, sont
fréquentes dans Avant que j’oublie. On observe plus l’écrivain dans les interstices de son labeur, arpentant son logis, somnolant sur son divan fatigué, fumant compulsivement les
cigarettes blondes qui ne le quittent jamais.

La dernière scène est bluffante d’audace et d’intelligence. Elle renforce le côté conceptuel que possède aussi le film avec ses répétitions jumelles... Pierre se rend dans un cinéma porno
de Pigalle, travesti en vamp brune, une Mangano décatie, comme l’écrit dans sa belle critique des Inrockuptibles, Jean-Marc Lalanne, pour racoler un garçon qui voudrait bien
éponger sa solitude. Après un long regard caméra, l’improbable silhouette vacillante, fumant peut-être sa dernière cigarette, s’enfonce dans le noir au son d’une musique sépulcrale, la
seule de tout le film. C’est Lazare retournant au tombeau et c’est aussi Nolot s’engloutissant dans le cinéma porno de La Chatte à deux têtes et quittant son troisième film pour
revenir dans son deuxième...
Jacques Nolot réussit le tour de force de rendre jubilatoire son portrait en vieux pédé pas pépère. Son Pierre n’est jamais pitoyable, même dans les situations les plus scabreuses. Il est
toujours sauvé par le regard plein d’humour et de tendresse sans complaisance qu’il pose sur les autres et surtout sur lui-même et aussi par son intelligence qui est bien sûr celle du
cinéaste. Il nous entraîne dans son monde si singulier, en le rendant évident, comme le seul possible. Avant que j’oublie est aussi un film pétant de santé sur le sida. On a
rarement vu au cinéma un personnage aussi riche et sympathique que ce Pierre atrabilaire.

L’avis de Stéphane Mas (Peauneuve.net) :
Jacques Nolot est cinéaste, sexagénaire et homosexuel. Trois attributs promenés au long d’un film passant
l’âge et le désir à la moulinette d’un fauteuil de coiffeur. Récit d’un écrivain en manque d’inspiration malgré son appétit vorace de succion, Avant que j’oublie dresse
l’inventaire d’un homme qui tombe. Hanté par le deuil et la perte, Nolot brûle la vie par la chair. S’il faut être damné, que la chute soit au moins belle. Elle s’avère bouleversante.
Un corps s’agite sous les draps dans une pièce sombre. Un cri de vomissement pour sortir, faire le corps se lever, avancer plus avant dans la nuit. Nolot filme l’isolement d’une maladie,
d’une solitude, d’un espace vide où il reste seul. À l’écran comme au cinéma français, Nolot se bat, se démène pour exister. L’homme convulsé de spasmes, prend un café chez lui, nu dans la
nuit. Une ouverture pour mettre en bouche le film, mais aussi le corps, puisque c’est cela dont il s’agit. Avant de mettre le verbe, Nolot reprend Bacon et montre la chair comme
matière.
L’inversion par la chair
Cinéaste de l’inversion, Nolot retourne le classicisme dans sa forme. Lang puis Hitchcock nous avaient
appris à ne dévoiler qu’à mesure. La misogynie du second lui faisait préférer les blondes à l’éther un peu fêlé. Nolot prend son (contre)pied avec des mâles très bruns. Ainsi, plutôt que de
partir du tout habillé, extérieur chic et social pour ouvrir sur l’intime et révéler le secret derrière la porte, Nolot ouvre celle-ci en grand pour mettre son corps à nu. Corps meurtri,
abîmé par le temps, qu’il va lentement couvrir, habiller de mots, de vêtements et d’amour, grâce au souvenir de ceux qui sont déjà partis.
Partir revient ici à rencontrer la mort. Avant que j’oublie porte d’ailleurs dans son titre la menace à venir. La mort est partout. Dans les mots, les corps, les objets la
rappelant sans cesse à l’intérieur du cadre – médicaments, lettres ramenées d’outre-tombe, cigarettes alignées sur le bureau comme des baïonnettes prêtes à percer les poumons du condamné.
Mais à quoi au juste ? À la vie, à la mort, jusqu’au bout sans répit, Nolot lutte et s’avance, à l’instar de Pierre, son alter ego de fiction.

Le sexe, c’est la santé. Petite valse entre gentils messieurs
Si la mort talonne, autant la gifler par la vie. Le sexe fait donc son entrée. D’abord brut et sans fard,
décliné en quatre pattes et jappements canins, il devient galant lorsque ces messieurs cravatés évoquent leurs anciennes étreintes. Médecins, avocats, gens de bien n’hésitant pas à mettre
genoux à terre pour s’adonner au plaisir, avant de rejoindre madame pour la pause déjeuner. Un sexe petit bourgeois du grand Paris se promenant en chaussette sur des parquets trop bien
cirés.
Maître de cérémonie, Nolot organise en valse les entrées et sorties de ces tendres pantins du même sexe. Lorsque la bouche ne reçoit pas d’offrandes, elle compte, jauge et compare les
tarifs de ses fournisseurs en gâteries. Le temps joue alors l’impitoyable loi des cycles. Les gigolos d’antan deviennent clients d’aujourd’hui, entretenant à la fois le désir des corps
jeunes et la plainte mélancolique du temps qui dévore.

Légère et onctueuse, la sauce tournera vite au noir
Ce glissement du temps agit également sur la forme du film. Coins de chambres et de couloirs, velux pris sur
la tôle, vitres ouvertes des restaurants, l’espace est mis en scène à l’image du bonhomme. De même, la lumière varie suivant où il se trouve et avec qui il parle. Blanche et transparente au
social, sombre et noire à l’intime. Enfin la parole, tantôt volubile et joyeuse, disparaît en silence à l’ouverture et au final.
Disons-le simplement, Nolot est cinéaste, et du côté des grands. Jouant la farce tendre avec l’élégance du raffinement, il se montre tour à tour claustrophobe, apprenti cambrioleur, assidu
en psychanalyse et causeur patenté. Pourtant, derrière le dandy frivole, l’homme reste nu, solitaire comme un vers. Une solitude en forme d’attente, de quête d’amour et d’inspiration, le
tout mis sous berne d’une ordinaire topographie urbaine.

L’inventaire par la perte, ou la mélancolie libidianale
Qu’y a-t-il de plus triste qu’un sexodrome près d’un Mac Do ? Clown désœuvré au paradoxe d’une
mélancolie libidianale, Nolot revient sur la perte dans une économie de récit, d’espaces et de moyens parfaitement maîtrisée. Peut-être est-ce d’ailleurs la raison pour laquelle l’argent,
après la perte et le sexe, envahit l’écran de manière obsessionnelle.
La mort de l’ancien amant, sa fortune séquestrée par ses ayant-droits, concentrent une symbolique anale autour de ce qui reste. En l’occurrence les francs, anciens, nouveaux, euros
présents, passés ou à venir. Ceux de l’héritage qu’il aurait du toucher, et dont Pierre ne verra rien, où alors dans une salle d’enchères, comme n’importe quel badaud.
Ne reste alors qu’à accepter ce qui de cet être cher, il est en train de perdre. Accepter the perte, celle du corps, du temps, de l’amour, et puis la vie, au hasard Balthazar,
plaçant le soleil noir au centre du film comme l’est la maladie au centre du corps. S’il ne reste qu’une chose, ce sera donc le cinéma, quelques morceaux de pellicules pour une danse
d’étoiles mortes.
Urgence de la nécessité pour cinéma vrai
Dans son titre déjà, Avant que j’oublie supposait l’inventaire. De ce qu’il reste à dire et à
faire, au cinéma comme à la vie, avant d’être emporté. Inventaire d’amour passé, de ce qui lui survit, des fantasmes auxquels il reste à se confronter. Jusqu’à parvenir à ce point ultime où
rien ne semble impossible puisque la mort approche.
Avant que j’oublie est habité par l’urgence de la nécessité. D’où cet impact, cette force intense d’une fiction au-delà de l’ego, débordée
par la vie du cinéaste sur laquelle elle repose. La séquence du journal de vingt heures illustre ainsi à merveille cette hypertrophie du réel avec laquelle Nolot joue en glissement tout au
long du film.

La solitude de l’abandon, au delà de l’ego
Au spectacle rassurant d’une vieille folle sortie de sa cage succède l’image plus dure d’un homme seul. Un
plateau repas, des médicaments, une lucarne. Face à lui, le journal de vingt heures déverse l’horreur devenue invisible à force d’être montrée. La maladie à combattre, cette même maladie
qui provoquait le vomissement en ouverture du film, n’est plus seulement celle du corps. Elle devient celle du monde.
Nolot dégage ainsi son cinéma de la niche homosexuelle tout en ne cessant jamais de revendiquer son identité, ici de manière bouleversante. Est-ce à l’extrême de l’artifice qu’on trouve sa
vérité ? Partisan d’une vie qu’il faut passer en laisse et mordre jusqu’au bout, Nolot finira par se figer en femme, adossé à l’entrée d’un peep show. Une pose d’actrice de film noir,
la cigarettes aux lèvres pour un œil en liquide, les doigts peints, la moustache rasée. Un drag en requiem d’amour pour une fin sublime à la douceur lugubre, apogée grave et sereine d’un
condamné s’avançant vers le noir. Sublime, vous dit-on. Il suffit d’aller voir.
Pour plus d’informations :
Une page complète dans l’Yonne républicaine pour le mariage de la fille de Mr et Mme. de Raincourt ! Costumes de cérémonie, chapeaux pour les messieurs et pour les dames, plutôt austères
pour les messieurs, plutôt colorés pour les dames. Une église de village, le bon peuple invité qui salue. Des ministres nouveaux et anciens, des députés, anciens et nouveaux, un archevêque,
un Monseigneur, trois curés, on m’avait dit que pour le curé il y avait pénurie, un soleil de plomb. Ça devait transpirer ferme sous les chapeaux, jaquettes et robes. Les bises n’ont pas
claqué sur les joues, chez ces gens-là on pratique le baise main discret et raffiné. Madame fille et Monsieur gendre se sont rencontrés chez Mazars où ils sont conseillers, en chapeaux sans
doute.
Mr Homais devait se trouver dans la foule, il y sera allé de son petit discours. Il se sera dit des choses graves, des mots définitifs auront été prononcés,des regards entendus auront été
échangés, des « tu », des « toi », des « ils », des « nous » auront claqué sous les chênes centenaires du parc. Champagne, caviar, (ont ils osé ?), on aura dansé peut être plus tard dans la
nuit, mais attention ce n’était pas une Rave Party.
Puis on se sera couché, un petit rot, un petit pipi, heureux d’appartenir encore au XX1 ème siècle à ce monde privilégié venu des si loin quand l’aristocratie et la finance faisait
alliance.
Ah Flaubert, mon bon Flaubert, comme tu nous a manqué. Je t’imagine sur la place du village, regard gourmand et, retour au gueuloir nous sortir trois quatre bonnes pages, bien juteuses
d’ironie. La gazette de l’Yonne les aurait peut être publiées
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