Marie Fritsch
Comme son nom ne l'indique pas, Marie Fritsch n'est ni vierge ni allemande et ne prie pour personne. Compagne à la scène comme à la ville de votre chroniqueur déjanté préféré Lucian Durden, Marie a fait son coming in et n'en démord plus. Hé oui jolis garçons, cachez vos larmes, ces deux-là sont amoureux.
En rêve elle a monté sa librairie, un lieu au croisement des genres et des cultures, où il fait bon s'attarder autour d'un verre d’excellent vin pour faire et défaire le monde tel qu'il va. En vrai, elle porte le gilet, Marc Lévy et autres balivernes à bout de bras. Mais Marie n'a pas dit son dernier mot.
Dans une petite ville de province, nous étions un cercle étroit d'amis, tous fondus de cinéma, littérature et musique. Nos années sauvages, le fanzine, existait déjà ; j'étais la seule fille, et tous ces charmants garçons attendaient de moi que j'excite un peu le lectorat masculin en mal de fantasmes. L'invitation n'était pas exactement idéale, mais la plume me chatouillait, j'ai alors accepté. Ce qu'ils ne savaient pas encore, c'est que sous le joli pseudo de l'Agrume (UN ou UNE agrume ?) se cachait une inconditionnelle des dessins érotiques du Livre blanc de Jean Cocteau, gravement perturbée à 12 ans par la lecture de La Ville dont le prince est un enfant de Montherlant, touchée en plein cœur à 18 par le film de Genet Un Chant d'amour, affolée par les chemises de Patti Smith et fan invétérée de Morrissey. Non, juste une fille l'air un peu rock et paumée comme il se doit de l'être à l'aube des années 2000...
Premier article : une longue et lyrique déclaration d'amour à l'actrice Laura Smet dans le film Les Corps impatients de Xavier Giannoli, cette histoire de triolisme sur fond de mort annoncée. État des liens du fait d'un corps défunt. Passe encore, puisque Paul baise Ninon sous les yeux de Charlotte, et que la machine à fantasmes se met en route toujours, bref mission accomplie. Ce n'est qu'un hasard, finalement ce film a touché un large public malgré son sujet, exacerbation du charnel face à la mort, pulsions qui transcendent les genres et les liens préétablis.
Suivra un papier sur Tiresia, film audacieux de Bertrand Bonello, magnifique partition pour une symphonie des corps, tout à la fois profane mystique et rock'n roll. Des putes
travesties du bois de Boulogne, seins gonflés à bloc, cuir et vinyle, on passe aux paroles christiques prononcées lors d'un baptême à la campagne, loin des simulacres. Le sang, les martyrs, le
désir et le sacré, Pier Paolo Pasolini n'est pas loin. Tiresia est une pute du Brésil, transsexuelle, et qui scande avec candeur cette ritournelle : « Bientôt je serai dans mon jardin de
roses, des roses avec des épines. Des fausses odeurs, bien meilleures que les vraies. L'original est vulgaire, à cause de son passé. La copie est parfaite ». Un peu plus loin, on la/le voit
parler à un hérisson. Tout en tendresse et respect pour la petite bête, elle/il lui dit : « Qu'as-tu fais aujourd'hui ? Tu as fais le hérisson ? » Pour Tiresia, l'identité n'est pas
naturelle mais culturelle, elle réside dans la transformation. À ce stade tout est dit. Le réalisateur insuffle aux images un érotisme trouble et montre la beauté d'un corps transcendant la
dualité homme/femme. Un film important, qui aborde autant la problématique médicale (le corps de Tiresia, soudain privé d'hormones et qui échoue à séduire Terranova, son geôlier amoureux) que
celle de la souffrance psychologique et du positionnement identitaire du transsexuel. « C'est vrai qu'on a quelque chose de plus, c'est une grande joie mais c'est une fête désespérée »,
dit Tiresia.
Verdict pour l'Agrume, mes jolis garçons menacent de m'évincer si je persiste à embrouiller le lecteur. Ils plaisantent bien sûr…
Troisième, quatrième et cinquième articles... Le film Son frère de Patrice Chéreau, notre frère à tous. Le Dictionnaire des Cultures Gays et Lesbiennes chez Larousse sous la direction de Didier Eribon. Et enfin le Dictionnaire de l'homophobie, sortie parallèlement aux PUF, remarquablement écrit par Louis Georges Tin (que certains d'entre vous connaissent bien par ici). Je conclue mes articles par un vœu pieux, souhaitant que ces deux magnifiques opus ne soient que prolégomènes à d'autres œuvres d'intérêt public et à de nouvelles passerelles vers une mixité du genre et des idées. Arguant du fait que je travaille dans une librairie consacrée aux sciences humaines, mes co-gribouilleurs se montrent compréhensifs, à condition que je revienne vite vers des chemins plus festifs. On m'attend au tournant ; les réunions de rédaction sont quelque peu houleuses mais finissent bien.
Sixième et dernier article, les romans de Dennis Cooper. Menacé de mort par l'association Queer Nation, l'auteur américain déclenche raz-de-marée et tempêtes médiatiques à chaque nouvelle parution. Même le milieu gay (bien pensant, ça existe) le voue aux gémonies sans hésitation. Pédophilie, viol, snuff movies et fist fucking sur fond de culture post punk, le sexe est abordé sous toutes ses formes, y compris les plus abjectes. Les adolescents sont soumis à la violence adulte et ne se défendent pas des atrocités subies. La libido est synonyme de confusion, voire de mort. Pourquoi une telle violence ? Dennis Cooper ne recule devant aucun tabou, jusqu'à montrer l'homme dans ses retranchements les plus saisissants. Totalement impopulaires, les romans de Cooper nous parlent pourtant du désir homosexuel à l'adolescence dans ce qu'il a de plus monstrueux face au puritanisme des familles, et aussi de la culpabilité, du fantasme et de toute cette confusion qui mal digérée peut mener à l'irrémédiable. Larry Clark a abordé le sujet dans Ken Park, Gus Van Sant dans Elephant, mais Cooper va plus loin, et l'absence d'images donne au lecteur la possibilité d'être acteur de ce qui se dit, jusqu'aux entrailles de la conscience.
Le fanzine est au bord de la censure. Par le plus heureux des hasards, c'est le moment que l'Agrume choisit pour abandonner son pseudo et s'envoler vers la capitale, dans l'espoir d'y trouver jolis feuillets où épancher ses coups de cœurs arc-en-ciel et surtout un public un peu plus demandeur, avec qui partager cette culture qui l'agite depuis toujours et qui ne fait pas que des adeptes.
Aujourd'hui, je suis libraire dans une grande enseigne de « produits culturels » (il faudra qu'on m'explique un jour ce que signifie cette formule antagoniste tout droit sortie des écoles de commerce), et croyez-moi, même très très passionnée, il y a des jours où les bras m'en tombent. « Vos livres, ils sont classés par lettres recommandées ? », « Vous avez Boule de Snif ? », « Vous êtes une caisse ? Non ? Et vous servez à quoi ? », « Comment ? Vous n'avez pas lu le dernier Marc Levy ? Musso non plus ? Et vous êtes libraire ? », etc. Alors soit les clients (parce qu'à ce niveau-là, on ne peut décemment pas les appeler des lecteurs) sont définitivement perdus dans les limbes de la bêtise, soit je suis devenue complètement snob. Après 15 ans de métier, allez savoir... Ai-je besoin de préciser que toutes ces petites scènes se passent en banlieue ? Oui, au risque de tomber dans les lieux communs de la gâchette facile, cela a son importance pour ce qui va suivre.
Dans la librairie où je travaille, il n'y a pas de rayon gay et lesbien. Un jour, peu de temps après mes débuts par ici, une charmante jeune femme me demande si j'ai dans mes rayons des bandes dessinées « pour les filles ». Heureusement, voilà dix minutes que je l'observe vaguement tout en gérant mille et une choses, avec cette question qui me chatouille les yeux : Va-t-elle demander ? Va-t-elle oser ? Ce genre de rayon n'est pas systématique même dans ce qu'on appelle communément une bonne librairie. Les lecteurs concernés se rendent le plus souvent dans les enseignes spécialisées, bien trop rares à Paris et totalement inexistantes en province. La concentration de librairies gay et lesbienne dans une ville est à peu près proportionnelle à celle de ses bars du même acabit. Il ne reste plus qu'à nos ami(e)s les dessous de table ou autres placards (!) à livres disséminés ici ou là, à peine visibles. Ou à espérer tomber sur un(e) libraire « de la famille ». Ma cliente, la petite trentaine, a ce style gentiment androgyne et le regard qu'elle me lance est suffisamment explicite, mi timide mi frontal – bref très féminin–, pour que je n'ai plus aucun doute sur la nature de la littérature recherchée. Je lui demande alors sans détours : « Pour les filles qui aiment les filles ? » Oui. Elle rougit légèrement et je me dis que le plus difficile est passé. Quelques coups de cœur plus tard (littéraires les coups de cœur, précisons...), et la voilà repartie avec sous son bras quelques moments de lecture qui j'espère combleront ses attentes. Espérance confirmée, elle reviendra un mois plus tard pour acheter les mêmes livres à offrir. Je repense alors avec amertume à ces articles perdus, perdus pour les gens qui les ont lus, perdus pour les auteurs qui y sont cités.
La question, ou plutôt la ritournelle, se pose de savoir s’il s'agit d'aller chercher le public ou d'attendre qu'il vienne à soi. Trouvant la question pertinente en tant qu'« agitateur culturel », je décide d'en parler à ma responsable, sur la pointe des pieds quand même.
— Dis-moi, D., j'aimerais bien créer un rayon gay et lesbien, qu'en penses-tu ?
— Pour quoi faire ? Pfff, on n’a pas le public et on ne l'aura jamais, on n’est pas à Paris ma chérie, laisse tomber.
Bon. Ce sera donc toujours dans l'ombre, et sous le gilet, que je conseillerai du Dennis Cooper, Le Choix de Juliette ou Colm Toibin. Heureusement, il y a les Chroniques de San Francisco pour mettre tout le monde d'accord (sic).
À moins que...
Samedi 9 heures, devant un public disséminé et armé de quelques croissants à tremper dans un café douteux, nous sommes quatre libraires à batailler pour obtenir toute l'attention de nos futurs acheteurs... J'ai en main les trois romans dont je vais parler, ne sachant pas par lequel commencer, réalisant avec stupeur qu'il s'agit de trois histoires mettant en scène des gouines et des pédés. Je voudrais disparaître sous la table du petit-déjeuner, non pas que je n'assume pas vis-à-vis du public, mais ce sont plutôt mes collègues... Déjà que le jour où a été émise l'idée de cette rencontre, je me suis tiré une balle dans le pied, là il ne va plus me rester grand chose.
En effet, le « vous proposerez des ouvrages sur un thème léger, des lectures d'été » ne m'inspirant pas, je me suis amusée à extraire le moins pire du rayon littérature érotique et à en faire une sélection quelque peu salée. Comme lectures de vacances, ça me semblait pas mal. Forte de cette initiative, je la soumets à la direction.
— Mais pourquoi tu veux absolument te mettre à poil ? C'est bon, tout le monde te connaît (!?), tu peux pas faire un truc plus classique ? Et il y aura des enfants...
Mon collègue présente bien un livre sur les prouts célèbres, mais moi je ne peux parler qu’adulte aux adultes. Franchement vexée, mais sans chercher à comprendre, je baisse les bras pour l'originalité et décide de parler des trois derniers romans que j'ai lu et aimé, lecture estivale ou non. Étrangement, je note que tous trois sont publiés par les éditions de l'Olivier, traduits de l'américain, mais c'est tout.
9 h 35, après les prouts et Jean Teulé, c'est à moi. Je commence par Je suis très à cheval sur les principes de David
Sedaris, pédé parmi les pédés et qui raconte comment son compagnon de toujours lui perce un furoncle sur le cul avec amour. Je m'en sors pas trop mal, l'auteur aux multiples facettes recelant un
véritable talent de comédie, le public semble conquis. Susanna Moore maintenant, Adieu, ma grande, ou de l'univers carcéral au féminin. La violence imposée ou subie par les femmes sous
le regard mi horrifié mi fasciné du personnel pénitentiaire, et j'en passe sur les multiples relations sexuelles entre détenues, qu'elles soient consenties ou non. Mon lectorat est toujours là,
l'œil vif du week-end qui commence. Enchaînons. Andrew Sean Greer, L'Histoire d'un mariage, peut-être le plus évident des trois. Encore qu'il s'agisse tout de même d'une histoire de
triolisme amoureux dans le San Francisco des années 50, bien avant les susnommées Chroniques et les événements de Stonewall. Une femme trompée par son époux et l'amant de ce
dernier revenant chercher son dû. Ségrégation raciale, descente de flics dans les bars homos, tout y est, et mon public suit toujours. Et je vends les trois romans. Mais à aucun moment je n'ai
prononcé le mot « gay » ou « lesbien »... Ni « cul » ni « chatte ».
Et moi, chers ami(e)s, je me suis mise à poil, bien plus franchement que dans ma première idée. Sans perte ni fracas. Première
petite victoire, j'ai enlevé le haut… le reste au prochain épisode.
En 2008, le fisc a rendu 578 millions d’euros à près de 19000 contribuables. Ces données proviennent du rapport annuel du député UMP G. Carrez consacré à l’application de la « loi fiscale » et en particulier du bouclier fiscal.
Adopté en 2007 par les députés UMP, ce dispositif consiste à plafonner le total des impôts, payés (inclus l’impôt de solidarité sur la fortune et les prélèvements sociaux CSG, RDS) à 50% de l’ensemble des revenus déclarés.
Depuis, ce bouclier a été renforcé. De ce fait, la facture pour le budget de l’état s’est alourdie. En 2007, le bouclier a couté 246 millions d’euros. En 2008, 18893 foyers ont reçu un chèque des impôts pour un montant total de 578 millions d’euros.
Le gros du pactole est allé aux grandes fortunes. Cent contribuables ont touché le tiers du montant du bouclier fiscal. Le rapport lui-même constate que les plus gros bénéficiaires sont essentiellement les contribuables qui se situent dans les tranches supérieures de l’impôt sur les grandes fortunes.
Contrairement à ce que nous disaient les parlementaires UMP, à savoir que l’objectif du bouclier fiscal était de protéger les revenus du travail… la démonstration est faite que le bouclier fiscal protège les grandes fortunes.
Daniel Picq
7.8.9 Août
/// LE CHIEN A PLUMES ///
LAC DE VILLEGUSIEN - LANGRES - 52
J - 30 !! Quelques PASS 3 jours remis en vente ...
// 7 Août //
ASIAN DUB FOUNDATION www.myspace.com/asiandubfoundationuk
BUENA VISTA SOCIAL CLUB www.myspace.com/buenavistasocialclube
SHAKAPONK www.myspace.com/shakaponk
FUMUJ www.myspace.com/fumuj
MANIACX www.myspace.com/maniacx
THE BEWITCHED HANDS ON THE TOP OF YOUR HEADS www.myspace.com/handsbewitched
RAJ www.myspace.com/youaregonnaloveraj
CHAPELIER FOU www.myspace.com/chapelierfou
TREMPLIN
// 08 Aout //
BUBBLE BEATZ www.myspace.com/bubblebeatz
PUPPETMASTAZ www.myspace.com/puppetmastaz
LES WAMPAS www.myspace.com/wampas
ANAIS www.myspace.com/anaisinyourface
BABYLON CIRCUS www.myspace.com/babyloncircus
THE INSPECTOR CLUZO www.myspace.com/theinspectorcluzo
DALLAS KINCAID www.myspace.com/dallaskincaid
BEN BOP www.myspace.com/benbop
LYRE LE TEMPS www.myspace.com/lyreletemps
TREMPLIN
// 09 Aout //
YVES JAMAIT www.myspace.com/jamait
HIGH TONE www.hightone.org
LES FATALS PICARDS www.myspace.com/fatalspicards
THE SKATALITES www.myspace.com/foundationska
THE CRAFTMEN CLUB www.myspace.com/thecraftmenclub
NO MAD? www.myspace.com/nomadklezmer
LES GARCONS TROTTOIRS www.myspace.com/lesgarconstrottoirs
TREMPLIN
+ LE RING' O STAR + LA VILAINE FANFARE + des surprises ....
Reseau FNAC, CARREFOUR, GEANT par tél : 08 92 68 36 22 (0.34€/mn), www.fnac.com, www.infoconcert.com
Reseau Ticketnet : E LECLERC, CORA, AUCHAN, VIRGIN MEGASTORE, CULTURA, LE PROGRES, LE BIEN PUBLIC
Les tarifs :
1 jour : 27 € / 22 € réduit en prévente (+ frais de location) - 32 € / 27€ réduit sur place
Forfait 3 jours : 57 € en prévente (+ frais de location) - 62 € sur place.
INFOLINE : 03 25 88 78 82 // www.chienaplumes.fr // www.myspace.com/chienaplumes
Et le covoiturage pour y aller, vous y avez pensé ?
Venez donc lui expliquer qu’il ne sera pas là pour prendre soin d’elle.
Suite : http://yonne.lautre.net/spip.
Rappel : venez exprimer votre écoeurement demain, jeudi 9 juillet, à 15H30. Yonne Républicaine. Rue du temple.
Barbara Moreau, pour le comité de vigilance 89.
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